LES AVEUX INDISCRETS
Que dans la grotte avoit eus son rivai ,
D'un coup de poing il tua son cheval ' .
Pouvoit-il pas, traînant la pauvre bête,
Mettre de plus la selle sur son dos ;
Puis s'en aller, tout du haut de sa tête,
Faire crier et redire aux échos :
a Je suis bâté , sanglé ! » car il n'importe ;
Tous deux sont bons. Vous voyez de la sorte
Que ceci peut contenir vérité.
Ce n'est assez, cela ne doit suffire :
Il faut aussi montrer l'utilité
De ce récit; je m'en vais vous la dire.
L'heureux Damon me semble un pauvre sire :
Sa confiance eut bientôt tout gâté.
Pour la sottise et la simplicité
De sa moitié, quant à moi, je l'admire.
Se confesser à son propre mari,
Quelle folie ! Imprudence est uu terme
Foible, à mon sens, pour exprimer ceci.
Mou discours donc en deux points se renferme.
Le nœud d'hymen doit être respecté ,
Veut de la foi , veut de l'honnêteté ;
Si, par malheur, quelque atteinte un peu forte
Le fait clocher d'un ou d'autre côté,
Comportez-vous de manière et de sorte ,
Que ce secret ne soit point éventé ;
Gardez de faire aux égards banqueroute ;
Mentir alors est digne de pardon.
Je donne ici de beaux conseils, sans doute :
Les ai-je pris pour moi-même? Hélas! non2.
1 Voyez, dans le poëme de l'Àriôste, ce préambule de la folie furieuse de Roland. — 2 La Fontaine, devenu vieux, si reproche d'avoir mal vécu avec sa femme , et peut-être par sa faute.