‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 115 sur 144 · LES AVEUX INDISCRETS · texte numérisé non relu

LES AVEUX INDISCRETS

Que dans la grotte avoit eus son rivai ,

D'un coup de poing il tua son cheval ' .

Pouvoit-il pas, traînant la pauvre bête,

Mettre de plus la selle sur son dos ;

Puis s'en aller, tout du haut de sa tête,

Faire crier et redire aux échos :

a Je suis bâté , sanglé ! » car il n'importe ;

Tous deux sont bons. Vous voyez de la sorte

Que ceci peut contenir vérité.

Ce n'est assez, cela ne doit suffire :

Il faut aussi montrer l'utilité

De ce récit; je m'en vais vous la dire.

L'heureux Damon me semble un pauvre sire :

Sa confiance eut bientôt tout gâté.

Pour la sottise et la simplicité

De sa moitié, quant à moi, je l'admire.

Se confesser à son propre mari,

Quelle folie ! Imprudence est uu terme

Foible, à mon sens, pour exprimer ceci.

Mou discours donc en deux points se renferme.

Le nœud d'hymen doit être respecté ,

Veut de la foi , veut de l'honnêteté ;

Si, par malheur, quelque atteinte un peu forte

Le fait clocher d'un ou d'autre côté,

Comportez-vous de manière et de sorte ,

Que ce secret ne soit point éventé ;

Gardez de faire aux égards banqueroute ;

Mentir alors est digne de pardon.

Je donne ici de beaux conseils, sans doute :

Les ai-je pris pour moi-même? Hélas! non2.

1 Voyez, dans le poëme de l'Àriôste, ce préambule de la folie furieuse de Roland. — 2 La Fontaine, devenu vieux, si reproche d'avoir mal vécu avec sa femme , et peut-être par sa faute.

Page 1