VI. LA MATRONE D'KPHESK
S'il est un conte use , commun et rebattu ,
C'est celui qu'en mes vers j'accommode à ma guise.
« Et pourquoi donc le choisis-tu?
Qui t'engage à celle entreprise?
N'a-t-elle point déjà produit assez d'écrits?
Quelle grâce aura ta Matrone
Au prix de celle de Pétrone?
Comment la rendras-tu nouvelle à nos esprits? » Sans répondre aux censeurs, car c'est chose infinie, Voyons si dans mes vers je l'aurai rajeunie.
Dans Ephèse il fut autrefois Une dame , en sagesse et vertu sans égale ,
Et, selon la commune voix, Ayant su raffiner sur l'amour conjugale. Il n'étoit bruit que d'elle et de sa chasteté;
On l'alloit voir par rareté2; C'étoit l'honneur du sexe : heureuse sa patrie ! Chaque mère, à sa bru, i'alJéguoit pour patron; Chaque époux la prônoit à sa femme chérie : D'elle descendent ceux de la Prudoteric3,
Antique et célèbre maison.
Son mari l'aimoit d'amour folle.
Il mourut. De dire comment,
Ce s"croit un détail frivole.
Il mourut; et son testament
1 Celle Nouvelle, rapporlée par Pétrone el Apulée, repose sur un fait réellement arrivé sous le règne de Néron. On la retrouve dans le célèbre roman du Doloputhos , dans nos anciens fabliaux, etc. — - C'est-à-dire : pour la rareté du fait. — 3 Madame de Sotlenville, belle-mère de George Dandin , descendait de cette antique maison. Voyez la comédie de George Dandin, acte I ,. scène h: