‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 122 sur 144 · LES QUIPROQUOS · texte numérisé non relu

LES QUIPROQUOS

0 temps! ô mœurs! ô coutume perverse' Alix d'abord rejette un tel commerce ; Fait l'irritée ; et puis s'apaise enfin , Change de ton; dit que le lendemain, Comme Madame avoit dessein de prendre Certain remède , ils pourroient , le matin, Tout à loisir, dans la cave se rendre. Ainsi fut dit, ainsi fut arrêté; Et la soubrette ayant le tout conté A sa maîtresse , aussitôt les femelles D'un quiproquo font le projet entre elles. Le pauvre époux n'y reconnoîtroit rien, Tant la suivante avoit l'air de la dame : Puis , supposé qu'il reconnut sa femme , Qu'en pouvoit-il arriver, que tout bien? Elle auroit lieu de lui chanter sa gamme.

Le lendemain, par hasard, Clidamant, Qui ne pouvoit se contenir de joie, Trouve un ami, lui dit étourdiment Le bien qu'Amour à ses désirs envoie.

Quelle faveur! Non qu'il n'eût bien voulu Que le marché pour moins se fut conclu : Les cent écus lui faisoient quelque peine. L'ami lui dit : « Eh bien, soyons chacun Et du plaisir et des frais en commun. » L'époux n'ayant alors sa bourse pleine, Cinquante écus à sauver étoient bons :

D'autre côté , communiquer la belle , Quelle apparence! Y consentiroit-elle?

S'aller ainsi livrer à deux Gascons !

Se tairoient-ils d'une telle fortune?

Et devoit-on la leur rendre commune ?

L'ami leva cette difficulté , Représentant que , dans l'obscurité , Alix seroit fort aisément trompée,

396 LIVRE CIXQUIEME.

Une plus fine y scroit attrapée :

Il suffiroit que, tous deux, tour à tour,

Sans dire mot, ils entrassent en lice,

Se remettant du surplus à l'Amour,

Qui volontiers aideroit l'artifice.

Vn tel silence en rien ne leur nuiroit;

Madame Alix, sans manquer, le prendroit

Pour un effet de crainte et de prudence :

Les murs ayant des oreilles , dit-on,

Le mieux étoit de se taire ; à quoi bon

D'un tel secret leur faire confidence?

Les deux galants, ayant de la façon

Réglé la chose, et disposés à prendre

Tout le plaisir qu'Amour leur promelloit,

Chez le mari d'abord ils se vont rendre.

Là, dans le lit l'épouse encore étoit.

L'époux trouva près d'elle la soubrette,

Sans nuls atours qu'une simple cornette,

Bref, en état de ne lui point manquer.

Même un clin d'œil, qu'il put bien remarquer ',

L'en assura. Les amis disputèrent

Touchant le pas, et longtemps contestèrent.

L'époux ne fit l'honneur de la maison,

Tel compliment n'étant là de saison.

A trois beaux dés , pour le mieux ils réglèrent

Le précurseur-, ainsi que de raison.

Ce fut l'ami." L'un et l'autre s'enferme

Dans cette cave, attendant de pied ferme

Madame Alix, qui ne vient nullement :

1 Ce vers, indispensable pour rimer avec le précédent, manque dans l'édition des Œuvres posthumes , où l'on trouve seulement les deux suivants :

L'heure arriva : les amis contestèrent Touchant le pas, et longtemps disputèrent.

2 Celui qui aurait le pas sur l'autre.

LES QUIPROQUOS. 3ÏH

Trop bien la dame, en son lieu, s'en vint faire

Tout doucement le signal nécessaire.

On ouvre, on entre; et, sans retardement,

Sans lui donner le temps de reconnoilre

Ceci, cela, l'erreur, le changement,

La différence enfin qui pouvoit être

Entre l'époux et son associé,

Avant qu'il pût aucun change paroître,

Au dieu d'amour il fut sacrifié.

L'heureux ami n'eut pas toute la joie

Qu'il auroit eue en connoissant sa proie.

La dame ai oit un peu plus de beauté ,

Outre qu'il faut compter la qualité.

A peine fut cette scène achevée ,

Que l'autre acteur, par sa prompte arrivée,

Jette la dame en quelque étonnement ;

Car, comme époux, comme Clidamant même,

Il ne montroit toujours si fréquemment

De cette ardeur l'emportement extrême.

On imputa cet excès de fureur

A la soubrette , et la dame , en son cœur,

Se proposa d'en dire sa pensée.

La fête étant de la sorte passée,

Du noir séjour ils n'eurent qu'à sortir.

L'associé des frais et du plaisir

S'en court en haut, en certain vestibule ;

Mais quand l'époux vit sa femme monter,

Et qu'elle eut vu l'ami se présenter,

On peut juger quel soupçon, quel scrupule,

Quelle surprise, eurent les pauvres gens;

Ni l'un ni l'autre, ils n'avoient eu le§ temps

De composer leur mine et leur visage.

L'époux vit bien qu'il falloit être sage;

Mais sa moitié pensa tout découvrir.

J'en suis surpris; la plus sotte à mentir

Est très-habile, et sait cette science1. Aucuns 2 ont dit qu'Alix lit conscience De n'avoir pas mieux gagné son argent , Plaignant l'époux, et le dédommageant, Et voulant bien mettre tout sur son compte : Tout cela n'est que pour rendre le conte In peu meilleur. J'ai vu les gens mouvoir Deux questions : l'une , c'est à savoir Si l'époux fut du nombre des confrères, A mon avis n'a point de fondement, Puisque la dame et l'ami nullement Ne prétendoient vaquer à ces mystères.

• L'autre point est touchant le talion ; Et l'on demande, en cette occasion, Si, pour user d'une juste vengeance, Prétendre erreur et cause d'ignorance , A cette dame auroit été permis.

Bien que ce soit assez là mon avis, La dame fut toujours inconsolable.

Dieu gard' de mal celles qu'en cas semblable

11 ne faudroit nullement consoler !

J'en connois bien qui n'en feroient que rire ;

De celles-là je n'ose plus parler,

Et je ne vois rien des autres à dire.

1 Edition des OEuvres posthumes ■

J'en suis surpris : femmes savent men tir, La moins habile en connoit la science.

2 Quelques-uns.

SUJET TIRÉ DES MÉTAMORPHOSES d'oVIDE '.

Je chante dans ces vers les filles de Minée ,

Troupe aux arts de Pallas, dès l'enfance, adonnée,

Et de qui le travail fit entrer en courroux

Bacchus, à juste droit de ses honneurs jaloux.

Tout dieu veut aux humains se faire reconnoitre :

On ne voit point les champs répondre aux soins du maître,

Si, dans les jours sacrés, autour de ses guérets,

Il ne marche en triomphe à l'honneur de Gérés.

La Grèce étoit en jeux pour le fils de Sémèlc -.

Seules on vit trois sœurs condamner ce saint zèle.

Alcithoé, l'aînée, ayant pris ses fuseaux,

Dit aux autres : «Quoi donc ! toujours des dieux nouveaux!

L'Olympe ne peut plus contenir tant de tètes,

IVi l'an fournir de jours assez pour tant de fêtes.

Je ne dis rien des vœux dus aux travaux divers

De ce dieu qui purgea de monstres l'univers.

Mais à quoi sert Bacchus, qu'à causer des querelles,

Affaiblir les plus sains, enlaidir les plus belles,

Souvent mener au Styx par de tristes chemins ?

Et nous irons chômer la peste des humains !

Pour moi, j'ai résolu de poursuivre ma tache.

Se donne qui voudra , ce jour-ci , du relâche ;

Ges mains n'en prendront point. Je suis encor d'avis

Que nous rendions le temps moins long par des récits :

Toutes trois, tour à tour, racontons quelque histoire.

1 Metamorphoseon , lib. iv et vu. Il y a un petit nombre de vers littéralement traduits du latin. Les deux derniers épisodes sont imités d'une inscription de Boissard et d'un conte de Boccace. Ce conte ou plutôt ce poëmc , ainsi que le suivant, a- paru pour la première fois en 1685, dans les Ouvrages de prose el dé poésie des sieurs de Maucroix et de La Fontaine. — - Baccliusi

Je pourrois relrouver sans peine en ma mémoire Du monarque des dieux les divers changements , Mais, comme chacun sait tous ces événements, Disons ce que l'Amour inspire à nos pareilles : Non toutefois qu'il faille, en contant ses merveilles, Accoutumer nos cœurs à goûter son poison ; Car, ainsi que Bacchus, il trouble la raison. Récitons-nous les maux que ses biens nous attirent. » Alcithoé se tut, et ses sœurs applaudirent. Après quelques moments , haussant un peu la voix :

«Dans Thèbes, reprit-elle, on conte qu'autrefois

Deux jeunes cœurs s'aimoient d'une égale tendresse :

Pyrame (c'est l'amant) cul Thisbé pour maîtresse.

Jamais couple ne fut si bien assorti qu'eux :

L'un bien fait, l'autre belle, agréables tous deux,

Tous deux dignes de plaire, ils s'aimèrent sans peine;

D'autant plus tôt épris, qu'une invincible haine,

Divisant leurs parents, ces deux amants unit,

Et concourut aux traits dont l'Amour se servit.

Le hasard, non le choix, avoit rendu voisines

Leurs maisons , où régnoient ces guerres intestines :

Ce fut un avantage à leurs désirs naissants.

Le cours en commença par des jeux innocents :

La première étincelle eut embrasé leur âme,

Qu'ils ignoroient encor ce que c'étoit que flamme.

Chacun favorisoit leurs transports mutuels ,

Mais c'étoit à l'insu de leurs parents cruels.

La défense est un charme : on dit qu'elle assaisonne

Les plaisirs, et surtout ceux que l'Amour nous donne.

D'un des logis à l'autre, elle instruisit du moins

Nos amants à se dire avec signes leurs soins *.

Ce léger reconfort ne les put satisfaire ;

Il fallut recourir à quelque autre mystère.

Un vieux mur entrouvert séparoit leurs maisons,

1 Dans le sens du latin mirce, peines de cœur, de'sirs d"amour,

Le temps avait miné ses antiques cloisons ;

Là, souvent de leurs maux ils déploroient la cause ;

Les paroles passoient, mais c'était peu de chose.

Se plaignant d'un tel sort, Pyrame dit un jour :

« Chère Thisbé , le ciel veut qu'on s'aide en amour,

îVous avons à nous voir une peine infinie ;

Fuyons de nos parents l'injuste tyrannie :

J'en ai d'autres en Grèce, ils se tiendront heureux

Que vous daigniez chercher un asile chez eux ;

Leur amitié, leur bien, leur pouvoir, tout m'invite

A prendre le parti dont je vous sollicite.

C'est votre seul repos qui me le fait choisir,

Car je n'ose parler, hélas! de mon désir.

Faut-il à votre gloire en faire un sacrifice ?

De crainte des vains bruits, faut-il que je languisse?

Ordonnez, j'y consens; tout me semblera doux :

Je vous aime , Thisbé , moins pour moi que pour vous.

— J'en pourrois dire autant, lui repartit l'amante.

Votre amour étant pure, encor que véhémente,

Je vous suivrai partout : notre commun repos

Me doit mettre au-dessus de tous les vains propos.

Tant que de ma vertu je serai satisfaite,

Je rirai des discours d'une langue indiscrète ,

Et m'abandonnerai sans crainte à votre ardeur,

Contente que je suis des soins de ma pudeur, a

Jugez ce que sentit Pyrame à ces paroles !

Je n'en fais point ici de peintures frivoles :

Suppléez au peu d'art que le ciel mit en moi ;

Vous-même peignez-vous cet amant hors de soi?

l Demain, dit-il , il faut sortir avant l'Aurore ;

M'attendez point les traits que son char fait éclore,

Trouvez-vous aux degrés du terme * de Cérès ;

1 Statue sans bras, dont le corps se termine en gaîne et qui servait à marquer les limites des champs. On plaçait quelquefois les termes dans de petits temples ouverts où Ton montait par plusieurs degrés,

Là nous nous attendrons : le rivage est tout près , Une barque est au bord; les rameurs, le vent môme, Tout pour notre départ montre une hâte extrême ; L'augure en est heureux, notre sort va changer ; Et les dieux sont pour nous , si je sais bien juger. » Thisbé consent à tout : elle en donne pour gage Deux baisers , par le mur arrêtés au passage. Heureux mur! tu devois servir mieux leur désir; Ils n'obtinrent de toi qu'une ombre de plaisir. Le lendemain , Thisbé sort, et prévient Pyrame ; L'impatience, hélas! maîtresse de son âme, La fait arriver seule et sans guide aux degrés. L'ombre et le jour luttoient dans les champs azurés. Une lionne vient, monstre imprimant la crainte ; D'un carnage récent sa gueule est toute teinte. Thisbé fuit, et son voile, emporté par les airs, Source d'un sort cruel, tombe dans ces déserts. La lionne le voit, le souille, !e déchire, Et, l'ayant teint de sang, aux forêts se retire. Thisbé s'étoit cachée en un buisson épais. Pyrame arrive , et voit ces vestiges tout frais. 0 dieux ! que devient-il? Un froid court dans ses veines, ïl aperçoit le voile étendu dans ces plaines, Il le lève, et le sang, joint aux traces des pas. L'empêche de douter d'un funeste trépas. « Thisbé, s'écria-t-il, Thisbé, je t'ai perdue! Te voilà, par ma faute, aux enfers descendue! Je l'ai voulu; c'est moi qui suis le monstre affreux, Par qui tu t'en vas voir le séjour ténébreux : Attends-moi, je te vais rejoindre aux rives sombres!. . Mais m'oserai-je à toi présenter chez les ombres? Jouis au moins du sang que je te vais offrir, Malheureux de n'avoir qu'une mort à souffrir! » Il dit, et d'un poignard coupe aussitôt sa trame, Thisbé vient, Thisbé voit tomber son cher Pyrame, Que devient-elle aussi? Tout lui manque à la fois,

Les sens et les esprits aussi bien que la voix.

Elle revient enfin; Clothon ', pour l'amour d'elle,

Laisse à Pyrame ouvrir sa mourante prunelle.

II ne regarde point la lumière des cieux ;

Sur Thisbé seulement il tourne encor les yeux.

Il voudroit lui parler; sa langue est retenue :

Il témoigne mourir content de l'avoir vue.

Thisbé prend le poignard , et découvrant son sein :

« Je n'accuserai point, dit-elle, ton dessein,

Bien moins encor l'erreur de ton âme alarmée :

Ce seroit t' accuser de m' avoir trop aimée.

Je ne t'aime pas moins : tu vas voir que mon cœur

N'a, non plus que le tien, mérité son malheur.

Cher amant, reçois donc ce triste sacrifice! »

Sa main et le poignard font alors leur office :

Elle tombe, et, tombant, range ses vêtements;

Dernier trait de pudeur, même aux derniers moments.

Les nymphes d'alentour lui donnèrent des larmes,

Et du sang des amants teignirent par des charmes

Le fruit d'un mûrier proche, et blanc jusqu'à ce jour,

Eternel monument d'un si parfait amour. »

Cette histoire attendrit les filles de Minée. L'une accusoit l'amant; l'autre, la .destinée ; Et toutes, d'une voix, conclurent que nos cœurs De cette passion devroient être vainqueurs. Elle meurt quelquefois, avant qu'être contente : L' est-elle, elle devient aussitôt languissante ; Sans l'hymen, on n'en doit recueillir aucun fruit; Et cependant l'hymen est ce qui la détruit. « Il y joint, dit Clymènc, une âpre jalousie, Poison le plus cruel dont l'âme soit saisie : Je n'en veux pour témoin que l'erreur de Procris. Alcithoé , ma sœur, attachant vos esprits,

1 C'eM une des Parques,

Des tragiques amours vous a conte l'élite : Celles que je vais dire ont aussi leur mérite. J'accourcirai le temps, ainsi qu'elle, à mon tour. Peu s'en faut que Phébus ne partage le jour 1 ; A ses rayons perçants opposons quelques voiles : Voyons combien nos mains ont avancé nos toiles. Je veux que sur la mienne, avant que d'être au soir, Un progrès tout nouveau se fasse apercevoir. Cependant donnez-moi quelque heure de silence : Ne vous rebutez point de mon peu d'éloquence; Souffrez-en les défauts , et songez seulement Au fruit qu'on peut tirer de cet événement.

« Céphale aimoit Procris; il étoit aimé d'elle;

Chacun se proposoit leur hymen pour modèle.

Ce qu'Amour fait sentir de piquant et de doux

Combloit abondamment les vœux de ces époux.

Ils ne s'aimoient que trop! Leurs soins et leur tendresse

Approchoient des transports d'amant et de maîtresse.

Le ciel même envia cette félicité :

Céphale eut à combattre une divinité.

Il étoit jeune et beau : l'Aurore en fut charmée ,

N'étant pas. à ces biens chez elle accoutumée 2.

Nos belles cacheroient un pareil sentiment :

Chez les divinités, on en use autrement.

Celle-ci déclara ses pensers à Céphale 3.

Il eut beau lui parler de la foi conjugale :

Les jeunes déités qui n'ont qu'un vieil époux

Ne se soumettent point à ces lois , comme nous.

La déesse enleva ce héros si fidèle.

De modérer ses feux, il pria l'immortelle :

1 C'est-à-dire : il est bientôt midi. — 2 L'Aurore, dans la Fable, était femme du vieux Tithon.

1 Édilion des Fables choisies de 1694 :

Celle-ci déclara son amour à Céphale,

Elle le fit; l'amour devint simple amitié.

« Retournez, dit l'Aurore, avec votre moitié;

Je ne troublerai plus votre ardeur ni la sienne :

Recevez seulement ces marques de la mienne.

(G'étoit un javelot toujours sûr de ses coups.)

Un jour, cette Procris , qui ne vit que pour vous,

Fera le désespoir de votre âme charmée ,

Et vous aurez regret de l'avoir tant aimée. »

Tout oracle est douteux , et porte un double sens :

Celui-ci mit d'abord notre époux en suspens.

« J'aurai regret aux vœux que j'ai formés pour elle!

Et comment? N'est-ce point qu'elle m'est infidèle?

Ah! finissent mes jours, plutôt que de le voir!

Eprouvons, toutefois, ce que peut son devoir. »

Des mages aussitôt consultant la science ,

D'un feint adolescent il prend la ressemblance,

S'en va trouver Procris , élève jusqu'aux cieux

Ses beautés , qu'il soutient être dignes des dieux ;

Joint les pleurs aux soupirs , comme un amant sait faire ,

Et ne peut s'éclaircir par cet art ordinaire.

Il fallut recourir à ce qui porte coup,

Aux présents : il offrit, donna, promit beaucoup :

Promit tant, que Procris lui parut incertaine.

Toute chose a son prix. Voilà Céphale en peine :

Il renonce aux cités, s'en va dans les forets;

Conte aux vents, conte aux bois, ses déplaisirs secrets;

S'imagine en chassant dissiper son martyre.

C'étoit pendant ces mois où le chaud qu'on respire

Oblige d'implorer l'haleine des zéphirs.

« Doux vents, s'écrioit-il, prêtez-moi des soupirs!

Venez, légers démons par qui nos champs fleurissent!

Aurc 1, fais-les venir! Je sais qu'ils t'obéissent :

Ton emploi dans ces lieux est de tout ranimer! »

On l'entendit : on crut qu'il venoit de nommer

1 Aura, divinité do l'air, compagne de Zéphyre.

Quelque objet de ses vœux, autre que son épouse.

Elle en est avertie , et la voilà jalouse.

Maint voisin charitable entretient ses ennuis :

s Je ne le puis plus voir, dit-elle, que les nuits;

i\ aime donc cette Aure, et me quitte pour elle?

— Nous vous plaignons : il l'aime, et sans cesse l'appelle ;

Les échos de ces lieux n'ont plus d'autres emplois

Que celui d'enseigner le nom d'Aurc à nos bois;

Dans tous les environs, le nom d'Aure résonne.

Profitez d'un avis, qu'en passant on vous donne :

L'intérêt qu'on y prend est de vous obliger. »

Elle en profite, hélas! et ne fait qu'y songer.

Les amants sont toujours de légère croyance \ :

S'ils pouvoient conserver un rayon de prudence

(Je demande un grand point, la prudence en amour!),

Us seroient aux rapports insensibles et sourds.

Notre épouse ne fut l'une ni l'autre chose.

Elle se lève, un jour, et lorsque tout repose,

Que de l'aube au teint frais la charmante douceur

Force tout au sommeil, hormis quelque chasseur,

Elle cherche Géphale : un bois l'offre à sa vue.

îl invoquait déjà cette Aure prétendue :

k Viens me voir, disoit-il, chère déesse, accours!

Je n'en puis plus , je meurs!.. Fais que par ton secours

La peine que je sens se trouve soulagée ! »

L'épouse se prétend par ces mots outragée :

Elle croit y trouver, non le sens qu'ils cachoient,

Mais celui seulement que ses soupçons cherchoient.

0 triste jalousie ! ô passion amère !

Fille d'un fol amour, que l'erreur a pour mère !

Ce qu'on voit par tes yeux , cause assez d'embarras ,

Sans voir encor par eux ce que l'on ne voit pas !

1 Et quia amans semper, quod timet, esse putat.

(Ovide, Ars atnat , lib. m.) La Fontaine a imité quelques vers de ce poëme , dans lequel Ovide raconte autrement l'épisode de Céphale et Procris.

Procris s'étoit cachée en la même retraite Qu'un faon de biche avoit pour demeure secrète. Il en sort, et le bruit trompe aussitôt l'époux. Céphale prend le dard toujours sûr de ses coups , Le lance en cet endroit, et perce sa jalouse : Malheureux assassin d'une si chère épouse! Un cri lui fait d'abord soupçonner quelque erreur , Il accourt, voit sa faute; et, tout plein de fureur, Du même javelot, il veut s'ôter la vie. L'Aurore et les Destins arrêtent cette envie. Cet office lui fut plus cruel qu'indulgent : L'infortuné mari, sans cesse s'affligeant, Eût accru par ses pleurs le nombre des fontaines , Si la déesse enfin , pour terminer ses peines , N'eût obtenu du Sort que l'on tranchât ses jours : Triste fin d'un hymen bien divers en son cours!

» Fuyons ce nœud, mes sœurs, je ne puis trop le dire Jugez , par le meilleur, quel peut être le pire ! S'il ne nous est permis d'aimer que sous ses lois , N'aimons point! » Ce dessein fut pris par toutes trois ; Toutes trois, pour chasser de si tristes pensées, A revoir leur travail se montrent empressées. Clymènc, en un tissu riche, pénible et grand, Avoit presque achevé le fameux différend D'entre le dieu des eaux et Pallas la savante ; On voyait en lointain une ville naissante K L'honneur de la nommer, entre eux deux conteslé, Dépendoit du présent de chaque déité.

Neptune fit le sien , d'un symbole de guerre : Un coup de son trident fit sortir de la terre Un animal fougueux, un coursier plein d'ardeur. Cbacun , de ce présent, admiroil la grandeur. Minerve l'effaça, donnant à la contrée

1 C'est la fondation d'Athènes , selon la Fable.

L'olivier, qui de paix est Ja marque assurée.

Fille emporta le prix et nomma la cité :

Athènc offrit ses vœux à celte dcité.

Pour les lui présenter, on choisit cent pucelles ,

Toutes sachant broder, aussi sages que belles.

Les premières portoient force présents divers ;

Tout le reste entouroit la déesse aux yeux pers ! :

Avec un doux souris elle acceptoit l'hommage.

Clymène ayant enfin replié son ouvrage ,

La jeune Iris commence en ces mots son récit 2 -

« Rarement pour les pleurs mon talent réussit ; Je suivrai toutefois la matière imposée. Télamon pour Ghloris avoit l'âme embrasée : Ghloris pour Télamon brûloit de son côté. La naissance , l'esprit , les grâces, la beauté, Tout se trouvoit en eux , hormis ce que les hommes Font marcher avant tout dans ce siècle où nous sommes : Ce sont les biens, c'est l'or, mérite universel. Ces amants , quoique épris d'un désir mutuel , N'osoient au blond Hymen sacrifier encore, Faute de ce métal que tout le monde adore. Amour s'en passeroit; l'autre état ne le peut : Soit raison , soit abus , le Sort ainsi le veut. Cette loi , qui corrompt les douceurs de la vie , Fut, par le jeune amant, d'une autre erreur suivie, Le démon des combats vint troubler l'univers : Un pays contesté par des peuples divers Engagea Télamon dans un dur exercice.

Il quitta, pour un temps, l'amoureuse milice. Ghloris y consentit, mais non pas sans douleur.

1 Couleur glauque . vert et bleu; du vieux m:it vair, forme" du latin varhis. — - Le sujet de ce récit est tiré d'une inscription antique, publiée par Boissard (Antiq. roman., IVa pars t. II, p, 49), et qui a été reconnue supposée

IJ voulut mériter son estime et son cœur.

Pendant que ses exploits terminent la querelle ,

Un parent de Chloris meurt, et laisse à la belle

D'amples possessions et d'immenses trésors :

Il habitoit les lieux où Mars régnoit alors.

La belle s'y transporte; et partout révérée,

Partout des deux partis Chloris considérée

Voit de ses propres yeux les champs où Télamon

Venoit de consacrer un trophée à son nom. *

Lui, de sa part ', accourt, et, tout couvert de gloire,

Il offre à ses amours les fruits de sa victoire.

Leur rencontre se fit non loin de l'élément

Qui doit être évité de tout heureux amant2.

Dès ce jour, l'âge d'or les eut joints sans mystère :

L'âge de fer en tout a coutume d'en faire.

Chloris ne voulut donc couronner tous ces biens ,

Qu'au sein de sa patrie et de l'aveu des siens.

Tout chemin , hors la mer, allongeant leur souffrance ,

Ils commettent aux flots cette douce espérance ;

Zéphyre les suivoit, quand, presque en arrivant,

Un pirate survient , prend le dessus du vent ,

Les attaque, les bat. En vain , par sa vaillance,

Télamon jusqu'au bout porte la résistance :

Après un long combat, son parti fut défait,

Lui pris, et ses efforts n'eurent pour tout effet

Qu'un esclavage indigne. 0 dieux! qui l'eût pu croire?

Le Sort, sans respecter ni son sang , ni sa gloire,

Ni son bonheur prochain , ni les voeux de Chloris ,

Le fit être forçat, aussitôt qu'il fut pris.

« Le destin ne fut pas à Chloris si contraire.

Un célèbre marchand l'achète du corsaire :

Il l'emmène; et bientôt la belle, malgré soi,

Au milieu de ses fers, range tout sous sa loi.

L'épouse du marchand la voit avec tendresse ■

1 De son rôle. — 2 C'est-à-dire : la mer.

ïls en font leur compagne, et leur fils, sa maîtresse. Chacun veut son hymen : Chloris , à leurs désirs , Répondoit seulement par de profonds soupirs. Damon (c'étoît le fils) lui tient ce doux langage : a Vous soupirez toujours! Toujours votre visage, Baigné de pleurs , nous marque un déplaisir secret ; Qu'avez-vous? Vos beaux yeux verroient-ils à regret Ce que peuvent leurs traits et l'excès de ma flamme? Rien ne vous force ici ; découvrez-nous votre âme : Chloris, c'est moi qui suis l'esclave, et non pas vous, Ces lieux, à votre gré, n'ont-ils rien d'assez doux? Parlez , nous sommes prêts à changer de demeure : Mes parents m'ont promis de partir tout à l'heure. Regrettez-vous les biens que vous avez perdus? Tout le nôtre est à vous, ne le dédaignez plus. J'en sais qui l'agréeroient; j'ai su plaire à plus d'une : Pour vous, vous méritez tout une autre fortune. Quelle que soit la nôtre , usez-en : vous voyez Ce que nous possédons et nous-même à vos pieds, s» Ainsi parle Damon ; et Chloris , toute en larmes , Lui répond en ces mots accompagnés de charmes : b Vos moindres qualités et cet heureux séjour, Même aux filles des dieux, donneroient de l'amour : Jugez donc si Chloris, esclave et malheureuse, Voit l'offre de ces biens d'une âme dédaigneuse! Je sais quel est leur prix ; mais , de les accepter, Je ne puis, et voudrois vous pouvoir écouter. Ce qui me le défend, ce n'est point l'esclavage : Si toujours la naissance éleva mon courage , Je me vois, grâce aux dieux, en des mains, où je puis Garder ces sentiments , malgré tous mes ennuis ; Je puis même avouer (hélas! faut-il le dire?) Qu'un autre a sur mon cœur conservé son empire. Je chéris un amant , ou mort , ou dans les fers ; Je prétends le chérir encor dans les enfers. Pourriez-vous estimer le cœur d'une inconstante?

Je ne suis déjà plus aimable ni charmante; Chloris n'a plus ces traits que l'on trouvoit si doux, Et, doublement esclave, est indigne de vous. » Touché dé ce discours, Damon prend congé d'elle. « Fuyons, dit-il en soi, j'oublierai cette belle; Tout passe, et même un jour ses charmes passeront : Voyons ce que l'absence et le temps produiront. » A ces mots, il s'embarque, et, quittant le rivage, Il court de mer en mer, aborde un lieu sauvage *, Trouve des malheureux, de leurs fers échappés, Et sur le bord d'un bois à chasser occupés. Télamon , de ce nombre , avoit brisé sa chaîne : Aux regards de Damon, il se présente à peine, Que son air, sa fierté , son esprit , tout enfin , Fait qu'à l'abord Damon admire son destin, Puis le plaint, puis l'emmène, et puis lui dit sa flamme. « D'une esclave, dit-il, je n'ai pu toucher l'âme : Elle chérit un mort! Un mort, ce qui n'est plus, L'emporte dans son cœur! Mes vœux sont superflus !.,.» Là-dessus, de Chloris il lui fait la peinture. Télamon, dans son âme, admire l'aventure, Dissimule , et se laisse emmener au séjour Où Chloris lui conserve un si parfait amour. Comme il vouloit cacher avec soin sa fortune , Nulle peine pour lui n'étoit vile et commune. On apprend leur retour et leur débarquement. Chloris, se présentant à l'un et l'autre amant, Reconnoît Télamon sous un faix qui l'accable. Ses chagrins le rendoient pourtant méconnoissable ; Un œil indifférent à le voir eût erré , Tant la peine et l'amour l'avaient défiguré. Le fardeau qu'il portoit ne fut qu'un vain obstacle; Chloris le reconnoît, et tombe2 à ce spectacle :

Edition des Fables choisies, de 1694 :

Il courl de mer en mer, aborde en lieu sauvage. - C'est-à-dire : tombe en défaillance.

Elle perd tous ses sens, et de honte et d'amour.

Telamon, d'autre part, tombe presque, à son tour.

On demande à Chloris la cause de sa peine :

Elle la dit; ce fut sans s'attirer de haine.

Son récit ingénu redoubla la pitié

Dans les cœurs prévenus d'une juste amitié.

Damon dit que son zèle avoit changé de face;

On le crut. Cependant, quoi qu'on dise et qu'on fasse,

D'un triomphe si doux l'honneur et le plaisir

Ne se perd , qu'en laissant des restes de désir.

On crut pourtant Damon. Il restreignit son zèle

A sceller de l'hymen une union si belle;

Et, par un sentiment à qui rien n'est égal,

Il pria ses parents de doter son rival.

Il l'obtint, renonçant dès lors à l'hyménée.

Le soir étant venu de l'heureuse journée,

Les noces se faisoient à l'ombre d'un ormeau :

L'enfant d'un voisin vit s'y percher un corbeau;

Il fait partir de l'arc une flèche maudite ,

Perce les deux époux d'une atteinte subite.

Chloris mourut du coup, non sans que son amani

Attirât ses regards en ce dernier moment.

Il s'écrie, en voyant finir ses destinées :

« Quoi ! la Parque a tranché le cours de ses années!

Dieux, qui l'avez voulu, ne suffisoit-il pas

Que la haine du sort avançât mon trépas? »

En achevant ces mots , il acheva de vivre :

Son amour, non le coup, l'obligea de la suivre;

Blessé légèrement , il passa chez les morts :

Le Styx vit nos époux accourir sur ses bords.

Même accident finit leurs précieuses trames;

Même tombe eut leurs corps , même séjour leurs âmes.

Quelques-uns ont écrit, mais ce fait n'est pas sûr,

Que chacun d'eux devint statue et marbre dur.

Le couple infortuné face à face repose.

Je ne garantis point cette métamorphose :

On en doute... — On le croit plus que vous ne pensez,

Dit Clymène ; et , cherchant dans les siècles passés

Quelque exemple d'amour et de vertu parfaite ,

Tout ceci me fut dit par le sage interprète.

J'admirai, je plaignis ces amants malheureux.

On les alloit unir, tout concouroit pour eux;

Ils touchoient au moment, l'attente en étoit sûre!...

Hélas! il n'en est point de telle en la nature.

Sur le point de jouir, tout s'enfuit de nos mains;

Les dieux se font un jeu de l'espoir des humains !

— Laissons , reprit Iris , cette triste pensée.

La fête est vers sa fin, grâce au ciel, avancée;

Et nous avons passé tout ce temps en récits

Capables d'affliger les moins sombres esprits :

Effaçons, s'il se peut, leur image funeste.

Je prétends de ce jour mieux employer le reste,

Et dire un changement, non de corps, mais de cœur.

Le miracle en est grand, Amour en est l'auteur :

Il en fait tous les jours de diverse manière.

Je changerai de style, en changeant de matière i.

» Zoon plaisoit aux yeux; mais ce n'est pas assez :

Son peu d'esprit, son humeur sombre,

Rendoient ces talents mal placés.

Il fuyoit les cités, il ne cherchoit que l'ombre, Vivoit parmi les bois, concitoyen des ours, Et passoit sans aimer les plus beaux de ses jours. Nous avons condamné l'amour, m' allez-vous dire? Je blâme en nous l'excès; mais je n'approuve pas

Qu'insensible aux plus doux appas,

Jamais un homme ne soupire.

Eh quoi ! ce long repos est-il d'un si grand prix? Les morts sont donc heureux? Ce n'est pas mon avis : Je veux des passions; et si l'état le pire

1 Ce récit pst emprunté à Boecaro , Decnmn o?te , «[iornata v, novella }.

Est le néant , je ne sais point De néant plus complet, qu'un cœur froid à ce point. Zoon n'aimant donc rien, ne s'aimant pas lui-même, Vit Iolc endormie, et le voilà frappé;

Voilà son cœur développé.

Amour, par son savoir suprême , Ne l'eut pas fait amant, qu'il en fit un héros. Zoon rend grâce au dieu qui troubloit son repos : Il regarde, en tremblant, cette jeune merveille.

A la fin Iole s'éveille.

Surprise et dans l'étonnement,

Elle veut fuir; mais son amant

L'arrête, et lui tient ce langage :

n Rare et charmant objet, pourquoi me fuyez-vous? Je ne suis plus celui qu'on trouvoit si sauvage : C'est l'effet de vos traits aussi puissants que doux; Us m'ont l'âme et l'esprit et la raison donnée.

Souffrez que, vivant sous vos lois, J'emploie, à vous servir, des biens que je vous dois. * Iole, à ce discours, encor plus étonnée, Rougit, et, sans répondre, elle court au hameau, Et raconte à chacun ce miracle nouveau. Ses compagnes d'abord s'assemblent autour d'elle • Zoon suit en triomphe , et chacun applaudit. Je ne vous dirai point, mes sœurs, tout ce qu'il fit,

Ni ses soins pour plaire à la belle : Leur hymen se conclut. Un satrape voisin,

Le propre jour de cette fête,

Enlève à Zoon sa conquête :

On ne soupçonnoit point qu'il eût un tel dessein. Zoon accourt au bruit, recouvre ce cher gage, Poursuit le ravisseur, et le joint, et l'engage

En un combat de main à main.

Iole en est le prix aussi bien que le juge. Le satrape vaincu trouve encor du refuge En la bonté de son rival.

Hélas ! cette bonté lui devint inutile ;

Il mourut du regret de cet hymen fatal :

Aux plus infortunés la tombe sert d'asile.

Il prit pour héritière, en finissant ses jours,

Iole , qui mouilla de pleurs son mausolée.

Que sert-il d'être plaint, quand l'âme est envolée?

Ce satrape eût mieux fait d'oublier ses amours. »

La jeune Iris à peine achevoit cette histoire ; Et ses sœurs avouoient qu'un chemin à la gloire , C'est l'amour. « On fait tout pour se voir estimé : Est-il quelque chemin plus court, pour être aimé? Quel charme de s'ouïr louer par une bouche , Qui , même sans s'ouvrir, nous enchante et nous touche ! » Ainsi disoient ces sœurs. Un orage soudain Jette un secret remords dans leur profane sein. Bacchus entre, et sa cour, confus et long cortège : « Où sont , dit-il , ces sœurs à la main sacrilège ? Que Pallas les défende , et vienne en leur faveur Opposer son égide a ma juste fureur :

Rien ne m'empêchera de punir leur offense. Voyez : et qu'on se rie, après, de ma puissance! » Il n'eut pas dit, qu'on vit trois monstres au plancher, Ailés, noirs et velus, en un coin s'attacher. On cherche les trois sœurs; on n'en voit nulle trace. Leurs métiers sont brisés ; on élève en leur place Une chapelle au dieu , père du vrai nectar. Pallas a beau se plaindre, elle a beau prendre part Au destin de ces sœurs , par elle protégées; Quand quelque dieu, voyant ses bontés négligées, Nous fait sentir son ire, un autre n'y peut rien : L'Olympe s'entretient en paix par ce moyen. Profitons, s'il se peut, d'un si fameux exemple. Chômons : c'est faire assez, qu'aller de temple en temple Rendre à chaque immortel les vœux qui lui sont dus. Les jours donnés aux dieux ne sont jamais perdi

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