PRÉFACE DE L'EDITEUR
Cette édition , qui reproduit à peu près celle que nous avons publiée en 1841 (Paris, Ch. Gosselin, in-12), offre des améliorations et des additions très-importantes.
Non-seulement nous avons suivi le texte collationné et rétabli, par le savant Walckenaer, sur les éditions partielles de 1665, 1667, 1669, 1671, 1675, 1676 et 1685, mais encore nous avons confronté ce texte avec celui que M. Marty-Laveaux a soigneusement revu sur les mêmes éditions originales pour sa nouvelle édition des OEuvrcs de La Fontaine dans la Bibliothèque ehêcirienne de M. Jannet. Loin d'adopter, comme l'a fait M. Marty- Laveaux , l'orthographe des anciennes éditions , nous nous sommes efforcé d'éclaircir le texte souvent obscur de notre auteur, en y introduisant une ponctuation toute moderne et en distinguant toujours le dialogue du récit. De plus, nous avons corrigé quelques fautes d'impression, qui avaient échappé aux précédents éditeurs.
Nous avons conservé toutes les variantes imprimées dans l'excellente édition de Walckenaer, ainsi que les
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variantes recueillies pour la première fois par M. Marty- Laveaux ; nous en avons ajouté quelques-unes, que nous ont fournies les manuscrits de Conrart , et qui avaient été négligées par nos prédécesseurs.
Nous avons indiqué les principales sources des Contes, ainsi que les principales imitations , déjà signalées par Walckenaer ; nous avons placé au bas des pages quelques courtes notes sur les vieux mots et sur certaines locutions singulières qui ne se trouvent que dans les ouvrages de La Fontaine. Plusieurs de ces locutions n'avaient été ni comprises ni expliquées.
Nous n'avons rien changé d'ailleurs à l'ordre des pièces adopté dans l'édition de Walckenaer, le premier éditeur qui ait divisé les Coules et Nouvelles en cinq livres ; mais nous avons formé , à la fin de la nôtre , un sixième livre contenant tous les Contes attribués à La Fontaine dans les éditions ou contrefaçons de 1669, 1710, 1718, 1732. Plusieurs de ces Contes ont été, il est vrai, rendus depuis à leurs véritables auteurs; mais les autres, que personne n'a réclamés, pourraient bien être réellement de La Fontaine , puisqu'ils portent plus ou moins le cachet de son style et de son esprit. On remarquera surtout les deux Testaments et les Effets de la nature, que nous publions ici pour la première fois, et qui semblent avoir droit de figurer désormais dans les OEuvres de l'auteur de Joconde.
Enfin, ce qui recommandera cette nouvelle édition aux yeux des amis des lettres , c'est surtout la notice qui la précède et qui renferme une précieuse histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine , par un de ses contemporains, Matthieu Marais, avocat au parlement de Paris. Cette histoire, que l'auteur avait rédigée vers
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l'année 1725, dans l'intention de la placer en tète des QEuvres diverses du célèbre fabuliste qu'il voulait publier, n'a paru cependant qu'en 1811 (Paris, Renouard, in-12 de vi et 132 p.), et n'est pas plus connue aujourd'hui que si elle fût restée manuscrite. L'extrême rareté de l'édition, mise au jour par les soins du savant Chardon de La Rochette , a sans doute empêché de réimprimer plus tôt cet excellent morceau d'histoire littéraire , qui, malgré la négligence du style de l'auteur, conserve encore sa valeur relative à côté des travaux si estimables et si complets de l'illustre Walckenaer sur la vie et les ouvrages de La Fontaine.
Nous réimprimons l'opuscule de Matthieu Marais, sans y faire aucune addition, en renvoyant une fois pour toutes le lecteur au grand travail de Walckenaer, augmenté et perfectionné dans trois éditions successives. Nous avons seulement conservé la plupart des notes de Chardon de La Rochette, qui s'est servi de la petite édition des OEuvres diverses de La Fontaine en quatre volumes in-12, publiée chez Savoye en 1758, pour indiquer les pièces en vers et en prose auxquelles Matthieu Marais fait allusion dans sa notice chronologique. Une discussion approfondie des faits et des opinions que renferme cette notice eût rempli la moitié d'un volume. Nous donnons donc ici, à titre de simple document, les recherches biographiques et littéraires de Matthieu Marais, savant jurisconsulte , profond philologue , critique ingé* nieux, qui lut l'ami et le collaborateur de Baylc. « Que j'admire, lui écrivait ce dernier (le 2 octobre 1698), que j'admire l'abondance des faits curieux qtie vous me communiquez touchant MM. Arnaud, Rabelais, Santeuil, La Fontaine, La Bruyère, etc.! Cela me fait juger, mon-
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sieur, qu'un dictionnaire historique et critique que vous voudriez faire scroit l'ouvrage le plus curieux qui se pût voir. Vous connoissez mille particularités, mille personnalités, qui sont inconnues à la plupart des auteurs, et vous pourriez leur donner la meilleure forme du monde. » Matthieu Marais mourut vers 1740, dans un age trèsavancé.
La Fontaine doit beaucoup à nos vieux conteurs français; nous avons pensé qu'un aperçu rapide sur ces conteurs serait une introduction naturelle à un recueil de Contes qui rappellent souvent ceux du roi Louis XI, de la reine Marguerite de Navarre , de Bonaventure Des Péricrs, de IVoel Du Fail, et de Beroalde de Verville.