II. L'ABBESSE MALADE
L'exemple sert, l'exemple nuit aussi.
Lequel des deux doit l'emporter ici?
Ce n'est mon fait : l'un dira que l'abbcsse En usa bien; l'autre, au contraire, mal; Selon les gens, bien ou mal, je ne laisse D'avoir mon compte , et montre , en général , Par ce que fit tout un troupeau de nonnes,
1 Ce vers manque dans toutes les éditions à partir de celle de 1685. — 2 Ces quatre derniers vers ont été supprimés dins toutes les éditions à partir de celle de 168;>. — ' Avant l'édition de 1685, ce conte était intitulé seulement . l'Abbesse. 11 est imité des Cent Nouvelles nouvelles, nouvelle xxi , l'Abbesse guérie.
Qu'ouailles sont la plupart des personnes l : Qu'il en passe une, il en passera cent; Tant sur les gens est l'exemple puissant2! Agnès passa, puis autre sœur, puis une3; Tant qu'à passer s'entre-pressant chacune, On vit enfin celle qui les gardoiî Passer aussi : c'est en gros tout L~ conte. Voici comment en détail on le conte.
Certaine abbesse un certain mal avoit, Pâles couleurs nommé parmi les filles ; Mal dangereux, et qui des plus gentilles Détruit l'éclat , fait languir les attraits. Notre malade avoit la face blême , Tout justement comme un saint de carême ; Bonne d'ailleurs, et gente 4, à cela près. La Faculté, sur ce point consultée, Après avoir la chose examinée, Dit que bientôt Madame tomberoit En fièvre lente, et puis qu'elle mourroit. k Force sera que cette humeur la mange, A moins que de... (Y à moins est bien étrange), A moins enfin qu'elle n'ait à souhait Compagnie 5 d'homme. » Hippocrate ne fait Choix de ses mots , et tant tourner ne sait. « Jésus ! reprit , toute scandalisée ,
1 Édition c!c 1685 :
Que brebis sont la plupart des personnes.
2 C'est après ce vers, que La Fontaine avait intercalé dans l'édition de 1675 trente vers consacrés à l'épisode de Dindenaut et Panurge , épisode qu'il a depuis retranché, pour en faire un conte séparé, à la suite de celui-ci. dans l'édition de 1685.
3 Édition de 1675, avant la suppression de l'épisode de Dindenaitl et Panurge :
Une passa , puis une autre , et puis une. 1 Gentille, jolie. — 5 L'emploi de ce mot, sans é'ision de Ye final, est une faute de prosodie.