XIV. LE CUVIER
Soyez amant , vous serez inventif;
Tour ni détour, ruse ni stratagème
Ne vous faudront2 : le plus jeune apprentif
Est vieux routier, dès le moment qu'il aime :
On ne vit onc que cette passion
Demeurât court, faute d'invention;
Amour fait tant, qu'enfin il a son compte.
Certain cuvier, dont on fait certain conte ,
En fera foi. Voici ce que j'en sais,
Et qu'un quidam me dit ces jours passés.
Dedans un bourg ou ville de province (N'importe pas du titre ni du nom), Un tonnelier et sa femme Nanon Entretenoient un ménage assez mince.
De l'aller voir Amour n'eut à mépris, Y conduisant un de ses bons amis :
C'est Cocuage; il fut de la partie :
Dieux familiers et sans cérémonie , Se trouvant bien dans toute hôtellerie : Tout est pour eux bon gîte et bon logis, Sans regarder si c'est louvre ou cabane. Un drôle donc caressoit madame Anne; Ils en étoient sur un point, sur un point.., C'est dire assez, de ne le dire point; Lorsque l'époux revient, tout hors d'haleine, Du cabaret, justement, justement...
1 Ce conte d'Apulée, Metamorphoseon , lib. IX, a été refait par Boccace dans son Decamerone, giornala vu , novella 2. II se retrouve aussi dans un de nos anciens fabliaux, avec le même titre. — 2 Ne vous manqueront pas.