LE CHIRURGIEN I)E MARINE
Launay s'arrêta. Depuis quelques instants il semblait éprouver de vives souflTrances, et sa main se portait fréquemment à sa poitrine. Après un court silence, il reprit :
— Mais que vous importent tous ces détails, monsieur? le récit de mes tentations ne peut intéresser que moi. Pardon, je me retire.
Il fit un pas vers la porte, puis s'arrêta comme s'il eût désiré quelque chose qu'il n'osait demander.
— Nous ne nous reverrons plus, dit-il d'une voix entrecoupée, et sans lever les yeux... l'adieu que je vous fais peut être considéré comme celui d'un mourant... Monsieur, j'aurais voulu... j'avais espéré qu'il ne serait point entendu devons seul... monsieur... Oh! qu'elle me jette un dernier coup d'œil, que je l'entende parler encore une fois.
Il s'arrêta et regarda M. Burns; mais celui-ci avait baissé les yeux à son tour.
— Je comprends, dit Edouard accablé, vous me jugez indigne de cette dernière 'faveur; je n'ai point droit de me plaindre, il n'y a que ceux qui sont purs qui peuvent exiger la pitié.
Il s'inclina profondément et se disposait à sortir, lorsque Fanny parut tout à coup. Elle était vêtue de blanc, ses cheveux étaient épars et ses yeux étincelaient du feu de la fièvre. En la voyant, Launay ne put retenir un cri;
les deux amants restèrent vis-à-vis Tun de Fautre, immobiles et palpitants. M. Burns courut à sa fille.
— Que cherchez-vous ici, miss Fanny? s'écria-t-il;, rentrez, je le veux...
— Ah ! monsieur ! ne m'enviez point cette triste et dernière joie, dit Launay d'un accent si doux que la jeune fille fondit en larmes.
Il se retourna vers elle.
— Miss Fanny, soyez bénie pour ces larmes, soyez bénie pour être venue; je n'espérais plus vous voir.
— J'ai tout entendue, balbutia-t-elle, au milieu de ses sanglots.
— Vous me méprisez bien, alors ?
Pour toute réponse, miss Morpeth se jeta dans ses bras. Launay s'attendait si peu à cet élan, qu'il resta comme étourdi de bonheur; mais bientôt, revenant au sentiment de sa joie, il serra la jeune fille contre son cœur en couvrant sa tête de baisers. Pendant quelques minutes ce ne furent que sanglots, caresses, noms répétés ; enfin, les deux amants semblèrent succomber à leur émotion; ils s'affaissèrent sur eux-mêmes et glissèrent à genoux sur le parquet en se tenant entrelacés. M. Burns qui jusqu'alors était resté muet de stupeur, saisit enfin le bras de sa fille avec violence et chercha à l'arracher aux étreintes d'Edouard ; mais Fanny résista.