‹ Contes et nouvellesChapitre 24 sur 33 · JEAN JOURNET · texte numérisé non relu

JEAN JOURNET

s'éolair&it comme un ciel à mesure qu'il discourait^ sa voix était «ouore, son geste défaelûait Tincfédulité xk^t les plus endurds. PAf exemple, il ue faisait pas bôu sé mettre trop cruellement en travers de ses utopies. Jean Journet voulait qu'autour de lui tout le monde fùt dA sm itvis, ou du moins eto VéSt d'en être. ^ Conduit un jour caiez tWophUe Gautlef , il ftdllîl ie battre, pa^ ce que Tauttur de Fori^ûto «*étalt prts avec lut de sa*vam^ et obstinée discussion. —Ses emportements rappelaient ceux des prophètes. Comme cet acteur dont le nom m'écbappè, il aurctit été ;capable dé soulever des statues dsms le parôxisme de sa fbi. S'il tf avait pas la prudence des eerpente, cet apfttre, en tevanche, pos»é* dait la forcé des Uons!

Quand nous étions réunis, le soîr, trois ou quatre autour d'un pot de bSère, il n'étatt pas rare de voir en» trer brusquement léan Joufuel, avec son austère ca* ban> son fin et noir wgurd, sa démarché solennelle. Il serrait la main à tout le monde. — Èormif, ûpdtity dî» sions-nous avec un sourire fui n'avait riea de moqueur ni cependant rien de convaincu. Quelquefois, il y avait deux mois, trois mois que nous ne l'avieos vu. Alors, tout en bouïtant sa pîpe avec un soin terrestre, il nous racontait son dernier voyage. Tantôt c'était de Lyon qu'M arrivait) tantôt de Montpellier, de plus loin encore; il «ivalt fait la route 4 pied, comme toujours, car c'était là un Apôtre dans la «incèfe aoœpHon du Mrme. Partottl> i^ïf son paf^age, a avait semé la paï\>le du m«^re > — ie nwAlre Pourter d^afeord, et puis le maître Jean Joumèt ensuile. ^ Il avait déclamé ses plus bel^ strofdies a»x paysans, et une fois dédamées, il les leur

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avait vendues, et une fois vendues, il leur en avait donné d'autres. Les paysans écoutaient des deux oreilles et prenaient des deux mains, tant cet homme, en proie à ses innocentes extases, avait un beau visage et un beau langage !

Il se trouvait à Bruxelles, une fois. A Bruxelles, Jean Journet se met en tète de pénétrer dans le parc royal et d'avoir un entretien avec Sa Majesté Léopold. Il veut voir en face un front couronné et lui parler des misères sociales. Il entre. — Qui vive? lui crie-tron. — Apôtre, répond-il. Et il passe. Mais, parvenu dans Tantichambre, il est arrêté par des secrétaires qui le questionnent et se mettent à le turlupiner. C'est un fou, dit-on; et ce mot circulant de bouche en bouche, on renvoie Jean Journet, on le chasse. Le triste et fier poète, qui avait fait un voyage inutile, passa la nuit devant les grilles du jardin; au réveil, il avait composé une de ses meilleures pièces de vers, U FoUy la plus n&vrante que nous connaissions de lui:

Au pied de ce palais où son destin l'appelle, Vo^es, tout prè^du parc, loin de la sentinelle.

Voyez ce mendiant...

Lorsque l'aube paraît, quand le soleil se couche, De mots mystérieux que Dieu met dans sa bouche.

Il poursuit le passant.

Voilà OÙ nous en sommes arrivés. De cette qualité si rare et si admirable, — l'enthousiasme 1 — nous avons fait une folie. Folie, l'air inspiré, la voix soqore, le geste puissant ! Folie, les belles larmes et les longs éclats de rire qui nous viennent de Dieu I Un homme qui tre&saille sous sa croyance, marchant vers un but fixe, la tête haute, l'œil ouvert, — autrefois c'était un original,

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