PAUL DE KOCK
PAUL DE KOCR.
Je ne pense pas être ridicule ou trivial en avouant ma sympathie littéraire pour le romancier Paul de Kock. J'aime ce talent naïf, ce style clair, cette goguette perpétuelle, — et aussi ce vrai sentiment des qualités morales qui font l'homme vertueux. Son œuvre n'a pas d'équivalent dans les littératures étrangères, et c'est à regretter : chaque nation devrait avoir son Paul de Kock, c'est-à-dire son peintre de réalités amusantes et bourgeoises. Je comprends parfaitement l'admiration des Anglais, — peuple sagement curieux, — pour l'auteur de Mon Voisin Raymond.
Aujourd'hui, je ne veux que raconter une anecdote
â03 PAUL DE ROCK.
de jeunesse, où le nom et la personne de cet auteur remarquable se trouvent mêlés.
C'était plusieurs années ayant la chute du roi Louis- Philippe, au temps des folies amoureuses du quartier Latin. Nous étions une nichée entière installée dans un hôtel de la rue de TEperon, faisant de la musique, du droit, de la peinture ; le hasard seul nous avait réunis, et, empressons-nous de ledéclarer, jamais Tidée ne nous vint de nous organiser en cénacle. D'ailleurs, il y en avait de fort bêtes parmi nous.
Deux ou trois filles d'Eve, qui n'étaient pas plus laides que d'autres, et à qui nous puMions une poésie — qu'elles ne nous rendaient pas , — venaient souvent enjouer cette demeure. Une d'elles, qui depuis s'est fait épouser par un restaurateur, me charmait particulièrement par l'ardent éclat de ses yeux noirs, la rébellion constante de ses cheveux épais et la sonorité de son rire. Mon cœur d'opéra-comique palpitait rien qu'à l'entendre, à certaines heures, heurter de son doigt impérieux à la porte 4^ la chambre n*» IS. — Héla3 j'habitais la chambra n° 14.
Cette belte flUf , j'ai un p^u de honte à le dire, s'a^»*' lait d'un nom réprouvé par la grande littérature. Au lieu d'avoir été teoue sur le§ tov4& baptismaux par quel» qufi conteur d'fispagne et dltalie, et de Rappeler Rosa^ linde, Penserosa, Beleolor ou Carmosine, la pauvre en^ font, qui n'avait jamais vu de romçmtiqtm autremeot qu'en Uthographiô noire, ise laissait nommer vulgairp.ment Fiflne, -^ cômmo dws S&m Cramte^ d^ Paul de Kock.
Fiflne 1 ^ Ce nom f&pp^lte toute we époqae, tout
PAUL Dï KOCK. S03
une manière, une sorte d'humeur évwouie à présent, la gaîté des employés en vft(^nces, Cupidon monté sur un âne dans le bois de Montmorency, des capotes roses, des ombrelles certes, des brodequins de coutil ; et puis aussi deB mansardes invraisemblables où l'on ne marche en hiver que sur des peaux d'oranges, et où le bonheur croît paisiblement sous Temblêmc d'un pois de senteur planté dans une écuelle.
Fiflne devait son nom au eaprice de quelques-uns d'aitre nous, partisans fanatiques des belles-lettres égrillardes et lecteurs des romans éditéspar Barba. Nous avions prison abonnement collectif chejs madame Gaf-* dinal, la célèbre libraire de la rue des Canettes; c'était Fifine qui ét^t chargée de nous apporter chaque soir les romans dont nous avions dressé la liste en conseil suprême, y^ Après dix ans, je retrouve une de ces lis^ tes, expression curieuse .et fidèle de nos tendances Utr iérairesijeladonne sans y changer une syllabe^ On fiait que les statuts des cabinets de lecture interdisent d'emporter plus de deux ouvrages à la fois^
» Demander André le Savoyard, par Paul de Kock j GiiBtave ùu le Mauvais sujet, par le même.
» Au cas où ces ouvrages seraient en lecture, demander:
» Sœur Anne, par Paul de Kock ;
ji Ou Y Enfant de ma Femmes par le même)
p Ou la Laitière de Monfermeil, par le même 5
9 Eûûo> e» désespoir de cause :
$ Les Amm'ê du chevalier <k ¥m^f par I^uvet ^
» Le Compàrs MatMeu, par Du L^u^ens;