‹ Contes et nouvellesChapitre 28 sur 33 · PAUL DE ROCK · texte numérisé non relu

PAUL DE ROCK

mier volume de Monsieur le Préfet Le compilateur Touchard-Lafosse nous rebuta, et nous nous lassâmes de Victor Ducange. Ap^s avoir delà sorte parcouru la série des illustrations de cabinet de lecture, nous retombâmes dans notre perplexité et conclûmes désespérément qu'il n'y avait rien en deçà ni au delà de Paul de Kock, et que laFemme, le Mari et PArna/rf représentaient les colonnes d'Hercule de la littérature au dixneuvième siècle.

Nous nous rappelions surtout ce passage inimitable, où l'auteur^ se substituant à ses personnages, nous communique en ces termes ses ingénieuses et piquantes réflexions : « Je suis au spectacle... j'aime beaucoup , le spectacle... surtout quand on yjoue de bonnes pièces et que je suis bien placé. On n'est pas encore près de commencer... On est si long dans ces théâtres de boulevards 1 En attendant, et pour nous occuper, examinons un peu mes voisins. C'est une distraction trèsagréable quelquefois. Ah ! j'ai à ma gauche une fort j olie femme. . . j 'aime beaucoup les jolies femmes. . . Mais un gros homme à lunettes se penche à chaque instant vers elle et lui parle d'un air qui me déplaît... Je n'aime pas les gros hommes à lunettes... Celui-là surtout m'agace les nerfs... je ne sais trop pourquoi... Que l'homme est souvent bizarre dans ses antipathies!... Continuons mon examen... »

Que dire après cela? Où trouver narration plus intéressante, style plus précis? Fiflne principalement était inconsolable, et, dans sa douleur, elle ne parlait rien moins que de nous apporter le Solitaire.

Cette année-là justement, le hasard ou la fatalité vou-

ÎOS PJlUL DE KOCKv

lut qu6 Piul dd Kook ne produisit rien, rien du tout. Le dieu B'était r»tiré dans un nuage. Après avoir patienté autant qu'il nous fut possible, nous primas anfla uds décision sérieuse : nous résolûmes de nous rendre en solennelle ambassade auprès de lui, à cette fin de la sobjurer de reprendre la plume^«-«- et nou3 fixAnias pew cette expédition le dimanche sui?ani.

Ce jour-là| le soleil avait fait sortir tous les Pari* siens de leurs maisons ; une foule joyeuse sa perUài vers la barrière ; Is eontîniê à quinte emts fr€mc$ d'a^ pointementM dmnatt le bras à la pêtiU outyrtérê; le marcband de la rue aux Ours mu^chait gravement, escorté de sa fiemme, une gro^e dondm meofê appétit santêf et de sa ûlle, uae grande innoeente qui a'osaà lever les yeux. Tqus ses gena-là se promettaient ob plaisir infini, et dans le fond ils n'avaient pas tort, car quoi de plm doux en effet que lee pkUsire de la campagne ( style du maître ) Y

Notre petite colonie, composée de sept personnes, s'était mis en route avant midi. Fiflne ouvrait la marche, enveloppée avec ostentation dans un de ces longs ch&les, imitation de cachemire, inventés pour le triomphe de la Ugne serpentine. Elle avait un bonnet à rubans lilas, -«* le dernier bonnet de grisette I — et des souliers de satin turc, comme on n'en porte plus. Dodolphe l'accompagnait, car partout où il y a une Fiflne il faut un Dodolphe, c'est de rigueur.

Venaient ensuite la bhmde et sentimentale Estelle, belle enfant de vingt^huit ans, coiffée en tire-bouchcms, avec le petit musicien Anatole dont elle avait fait connaissance au bal de Sceaux, où il jouait de la clan-

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nette ; — puis Nioi et son bon ami Robinet, que Ton ayait chargé de quelques proTisions^ afin qu'il ressemblât tout à fait à M. Bidault^ facétieux personnage des preiniers chapitres de M* Dupont, ou la jeune fiUe et sa bonne.

Nous {u^rivâmes ainsi au boulevard du Temple^ où demeurait M. Paul deKock. Après aVoit* pendant quel" ques minutes contemplé sa maison avec sensibilité, nous nous décidâmes à en franchir le seuil, tl fut arrêté qtie je porterais la parole au concierge en rappelant monsieur, — et non père chose, ainsi que Feût souhaité Fifine poui* plus de couleur.

^ M. deKock? demandai-je^ après avoir saleté rêvér^cieusement.

— Lequel? répliqua lé concierge.

Je me retournai plein d^ébahissemént vers mes casaaradesy et je remarquai sur leurs visages une surprise égale à la mienne.

Cependant ce concierge, eroyàut que je n'avais pas entendu^ répéta en haussant d'une note i

-*- Lequel ?4.. le père ou le flls?

— LE SEUL I s'écria Fiflne> avôC UUe posé et un accent superbes.

Le portier fasciné, eut Tair de Comprendre et nous indiqua l'escalier à droite.

Cinquante marches après^ nous nous rangions sur le palier, et deui minutes ensuite nous étions face à face avec le grand homme.

11 était vêtu d'une robe de chambre brune à ramages chocolat, comme les dentistes, et sa tête était ornée d'un bonnet grec. Notre démarche parut le flatter infl-

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