‹ Contes et nouvellesChapitre 30 sur 33 · PAUL DE KOCK · texte numérisé non relu

PAUL DE KOCK

— Qu'est-ce que cela? demanda-Wl, en portant le verre à ses lèvres.

— C'est du coco, répondis-je.

— Gomme dans JeaUy dit Fifine.

— Comme dans Frère Jacques^ dit Anatole.

— Ah I très-bien !... dit M. Paul de Kock, en faisant la grimace... une flatterie! je comprends... je comprends... Mais j'aime mieux le vin rouge.

Je fus un peu désappointé; néanmoins mon programme gardait d'autres merveilles en réserve. Je comptais surtout sur une salade, plaisamment saupoudrée de chenilles, comme dans Monsieur Dupont, au chapitre intitulé : Un dîner dans le bois de Romain-' ville, mais cette seconde allusion eut encore moins de succès que la première. La macédoine d'insectes alla rejoindre le coco.

Malgré cela, le dîner fut excessivement joyeux, et le vin de Beaune n'attendit pas longtemps pour venir mettre le feu à nos cerveaux, tansformés en rosaces d'artifices. Je devins pyrotechnique comme Méry de Marseille : je fis tournoyer l'artichaut scintillant de ma pensée, — et Dodolphe lança quelques bombes paradoxales, qui retombèrent en pluie de calembours I

Dans notre commune ferveur, nous nous étions débaptisés tous, pour emprunter les noms favoris des héros de M. Paul de Kock : Bribri, Troutrou, Mistigri, Pétard, RocamboUe, Verluisant. Cet hommage déhcat le toucha aux larmes.

Jusqu'au dessert, il se laissa doucement aller à ces jeux de l'esprit, répondant et mangeant, souriant à tous, à Taise dans sa gloire comme le poisson dans

MO PAUL Dfi KOCK.

TeaU) tandis qUe Fifine^ cédant à un besoin de familiarité excessive, lui frappait sur l'épaule en Fappc^ lant : — Farceur !

La blonde Estelle 4 plus sentinlentale que jamais, tournait lei yeux vers lui, et fépétftUdeUx de ses vers, remarquables de litnpidité philosophique :

Oui, ^or tiil éœor ëûb\ïh I ta tnéiafieollé Ce lite româMt^ne ••( pl«ta âe poéiie (i;«

Gè fût ce moment d*expànâion unailime que je choisie pôUr dodnel* suite à môà programme et pour procéder au coutùnnément de rillurtre auteut'. Le myrte et la rose s'Udifent mt son fh)tit égayé; ce fut Flûne qui s^rlgea en Clairod de cet autre Voltaire. J'avais composé lé matin un hynmicule sur l'air célèbre : 0 Fmte- Mj/f Anatole lé chanta d'uhé volt dotiblément émue :

AIR : Oh! Fontenay^ etc., etc.

0 l^adl de Kock qu'embellissent les roses, Yà, ne eraf Al rien des odtràges du tetnps ; Ttt rar? itru à nos tIèelM moroiet»

Gai philosophe en habit de printemps I

On rtllra tes peëraet de joiei Vaste Odyssée où domine le flan. Et que le pape en des étui» de soie MgnftttMment eiMcrre tu VatioM.

A ton ëooie> oâ tes dnluihtttiUiei S'en Tont apprendre à sabler le vin doux, En redisant tes chansons amoureuses»

Je vois nos âlâ tf« âôhhèr rëndek-vouâ.

Une statue, Ô Dieii de la grisette, Rendra ces traits qu'ici nous adtfliron^ \ Et Ton Terra Tapote et Bastririguette En bas relief, épluchant des marrons !

Cl) CohtH M térê de Gh. P&dt de Kock.

PAUL DC KOCH. Hi

0 Pttul de Kœk, dont latorte lupfdme Sait nous mener du bftl au violon.

Poursuis toujours! et dans un plat de crème Renverse encor l'immortel fiaisemon.

bé vin à quinte et d'amour enflammée, Ydifl U Nini, GalAtée en rubans ; Dans un ravin, sur sa lèvre pâmée Etreins la grappe en tes doigts ruisselans«

L'attendrissement qui suivit ces stances tie peut se décrire qu'atec peine. Dans les brusques mouvements de son exaltation, Dodolphe f entersa un plat d'épiilards au sucre sur le pantalon blanc de M. Paul dô Rock.

*^ Comme dans Zizine I

— Comme dans Madeleine !

— C#rame dans GBorgette ou la Niècê au TabeUtoh! Force flit à M. Paul de Rock de se consoler de cet ao

cident, — avec des citations. Il s'essuya de son mieux et fit bonne contenance. D'ailleurs, le dtoer était arrivé à cette période où Tindulgence est chose fticile. Cependant, craignant d'être entraîné trop loin par Timitation complète de ses œuvres, il refusa avec énergie de nous suivre au jeu de la balançoire.

— Quel dommage 1 dit Estelle, c'eût été comme dans Un jeune homme charmant/

— Ou comme dans Ni jamais ni toujours I

— Alors, il faut faire des crêpes 1 s'écria Fiflne, en frappant ses mains l'une contre l'autre.

— Oh ! oh ! dit M. Paul de Rock, des crêpes... dans un jardin!

— Nous demanderons un cabinet.

Décidément, le jovial écrivain portait la peine de ses propres ouvrages. Après avoir savouré la popularité

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