L' ORAISON
Bien vous dirai qu’en allant par chemin J’ai certains mots que je dis au matin, Defibus le nom d’Oraifon ou d’Antienne De Saint Julien; afin qu’il ne m’avienne De mal gîter : & j’ai même éprouvé Qu’en y manquant , cela m’eft arrivé.
J’y manque peu : c’eft un mal que j’évite Par-defius tous , & que je crains autant*
Et ce matin , Moniieur , l’avez-vous dite , Lui repartit l’un des trois en riant ?
Oui , dit Renaud. Or bien , répliqua l’autre , Gageons un peu quel fera le meilleur ,
Pour cejourd’hui , de mon gîte ou du vôtre. Il fai foit lors un froid plein de rigueur.
La nuit de plus étoit fort approchante ;
Et la couchée encore allez disante.
Renaud reprit : Peut-être, ainfi que moi , Vous fervez-vous de ces mots en voyage. Point , lui dit l’autre , &c vous jure ma foi , Qu’invoquer faint n’eft pas trop monufage. Mais fi je perds , je le pratiquerai.
En ce cas-la volontiers gagerai ,
Reprit Renaud , & j’y mettrois ma vie; Pourvu qu’alliez en quelque hôtellerie ;
Car je n’ai là nulle maifon d’ami.
Nous mettrons donc cette claufe au pari, Pourfuivit-il , fi l’avez agréable:
C’eft la raifon. L’autre lui répondit :
J’en fuis d’accord ; & gage votre habit ,
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