‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 13 sur 93 · Z> E S . JULIEN · texte numérisé non relu

Z> E S . JULIEN

Votre cheval , la bourfe au préalable ;

Sûr de gagner, comme vous allez voir, Renaud dès-lors put bien s’appercevoir Que fon cheval avoit changé d’étable.

Mais quel remede ? En côtoyant un bois 5 Le parieur ayant changé de voix ,

Ça, defcendez, dit-il * mon gentilhomme:

Votre Oraifon vous fera bon befoin.

Château-Guillaume effc encore un peu loin. Fallut defcendre. Ils lui prirent en famine Chapeau , cafaque, habit, bourfe & cheval ; Bottes aufü. Vous n’aurez tant de mal D’aller à pied, lui dirent les perfides.

Puis de chemin ( fans qu’ils priffent de guides) Changeant tous trois , ils furent aufli-tôt Perdus de vue : & le pauvre Renaud ,

En caleçons , en chaudes , en chemife * Mouillé j fangeux , ayant au nez la bife *

Va tout dolent, & craint avec raifon ,

Qu’il n’ait ce coup ÿ malgré fon oraifon * Très-mauvais gîte * hormis qu’en fa valifé Il efpéroit. Car il eft à noter Qu’un lien valet contraint de s’arrêter. Pour faire mettre un fer à fa monture * Devoit le joindre. Or il ne le fit pas ;

Et ce fut-là le pis de l’aventure*

Le drôle ayant vu de loin tout le cas i ( Comme valets fouvent ne valent gueres ) Prend a côté, pourvoit à fês affaires i

Laiffe fon Maître , à travers champs s’enfuit , Donne des deux , gagne devant la nuit Chateau-Guillaume, & dans l’hôtellerie La plus fameufe, enfin la mieux fournie, Attend Renaud près d’un foyer ardent.

Et fait cirer du meilleur. Cependant Son Maître étoit jufqu’aucou dans les boues? Pour en fortir avoit fort à tirer.

Il acheva de fe défefpérer ,

Lorfque la neige en lui donnant aux joues Vint à flocons, & le vent qui fouettoit.

Au prix du mal que le pauvre homme avoit. Gens que l’on pend font fur des lits de rofes. Le fort fe plaît à difpenfer les chofes De la façon : c’efl: tout mal ou tout bien. Dans fes faveurs il n’a point de mefurçs ; Dans fon courroux de même il n’obmet rien Pour nous mater : témoin les aventures Qu’eut cette nuit Renaud qui n’arriva Qu’une heure après qu’on eut fermé la porte. Du pied du mur enfin il s’approcha ;

Dire comment, je n’en fçaispas la forte.

Son bon deftin , par un très-grand hafard. Lui fit trouver une petite avance Qu’avoit un toit ; &c ce toit faifoit part D’une maifon voifine du rempart.

Renaud ravi de ce peu d’allégeance Se met delfous. Un bonheur , comme on dit. Ne vient point feul. Quatre ou cinq brins de paille

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