DE LA MP O RE C H
C’eft un abus : l’une voudra du mou ,
L’autre du dur ; parquoi je te tiens fou , D’autant plus fou que ces filles font fottes.
Tu n’auras pas œuvre faite entre nous ;
L’une voudra que tu plantes des choux 9 L’autre voudra que ce foit des carottes.
Nazet reprit: ce n’eft pas-là le point.
Vois-tu , Nuto , je ne fuis qu’une bête ;
Mais dans ce lieu tu ne me verras point Un mois entier , fans qu’on m’y fafie fête.
La raifon efi: , que je n’ai que vingt ans ;
Et comme toi , je n’ai pas fait mon tems.
Je leur fuis propre, &ne demande en fomme Que d’être admis. Dit alors le bon-homme , Au Fac toton tu n’as qu’à t’adreffer , Allons-nous-en de ce pas lui parler.
Allons, dit l’autre. Il me vient une chofe Dedans l’efprit ; je ferai le muet Et l’idiot. Je penfe qu’en effet.
Reprit Nuto, cela peut être caufe Que le Pater avec le Fac toton ,
N’auront de toi ni crainte ni foupçon.
La chofe alla comme ils l’avoient prévue.
Voilà Mazet à qui pour bien-venue L’on fait bêcher la moitié du Jardin.
Il contrefait le fot 8c le badin ,
Et cependant laboure comme un lire.
Autour de lui les Nonnes alloient rire.
Un certain jour le compagnon dormant ,
Sï
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Ou bien feignant de dormir , il n’importe : Bocace dit qu’il en faifoit femblant.
Deux des Nonains le voyant de la forte Seul au Jardin ; car fur le haut du jour Nulle des Sœurs ne faifoit long féjour Hors le logis , le tout crainte du hâle.
De ces deux donc , l’une approchant Mazet, Dit à fa Sœur : Dedans ce cabinet Menons ce fot. Mazet étant beau mâle ,
Et la galante à le confidérer
Avoit pris goût; pourquoi fans différer
Amour lui fit propofer cette affaire.
L’autre reprit : Là-dedans ? & quoi faire ?
Quoi ? dit la Sœur ; je ne fçais ; l’on verra Ce que l’on fait alors qu’on en efb-là :
Ne dit-on pas qu’il fe fait quelque chofe ?
Jefus ! reprit l’autre Sœur fe lignant.
Que dis-tu-là ? notre Réglé défend De tels penfers. S’il nous fait un enfant ?
Si l’on nous voit? Tu t’en vas être caufe De quelque mal. On ne nous verra point.
Dit la première ; & quant à l’autre point ,
C’efi: s’allarmer avant que le coup vienne. Ufons du tems , fans nous tant mettre en peine. Et fans prévoir les chofes de fi loin.
Nul n’efi: ici ; nous avons tout à point. L’heure, & le lieu fi touffu , que la vue N’y peut paffer : Et puis fur l’avenue Je fuis d’avis qu’une faflê le guet;
DE LAMPORECHIO.
Tandis que l’autre étant avec Mazet ,
A fon bel aife aura lieu de s’inftruire.
Il eft muet & n’en pourra rien dire.
Soit fait, dit l’autre; il faut à ton defir Acquiefcer , <5c te faire plaifir.
Je paflerai , fi tu veux , la première.
Pour t’obliger ; au moins à ton loifir Tu t’ébattras puis après , de maniéré Qu’il ne fera befoin d’y retourner :
Ce que j’en dis , n’efl que pour t’obliger.
Je le vois bien, dit l’autre plus fincere;
Tu ne voudrois fans cela commencer AfTurément , & tu ferois honteufe.
Tant y refia cette Sœur fcrupuleufe.
Qu’à la fin l’autre allant la dégager ,
De faélion la fut faire changer.
Notre muet fait nouvelle' partie :
Il s’en tira non fi gaillardement ;
Cette Sœur fut beaucoup plus mal lotie y Le pauvre gars acheva fimplement Trois fois le jeu ; puis après il fit chaffe.
Les deux Nonains n’oublierent la trace Du cabinet , non plus que du Jardin ;
II ne falloir leur montrer le chemin.
Mazet pourtant fe ménagea de forte
Qu’à Sœur Agnès , quelques jours en fuivant ,
Il fit apprendre une femblable note ,
En un preffoir , tout au bout du Couvent. Sœur Angélique & Sœur Claude fui/irent.
L’une au dortoir , l’autre dans un cellier :
Tant qu’à la fin la cave & le grenier Du fait des Sœurs maintes chofes apprirent. Point n’en relia que le fire Mazet Ne régalât au moins mal qu’il pouvoir L’Abbelfe auffi voulut entrer en danfe.
Elle eut fon droit , double & triple pitance ; De quoi les Sœurs jeûnerent très-long-tems. Mazet n’avoit faute de rellaurans ;
Mais rellaurans ne font pas grande affaire A tant d’emploi. Tant prefferent le here. Qu’avec l’Abbelfe un jour venant au choc.
J’ai toujours oui , ce dit-il , qu’un bon coq N’en a que fept ; au moins qu’on ne me lailfe Toutes les neuf. Miracle ÿ dit l’Abbelfe; Venez , mes Sœurs : nos jeûnes ont tant fait Que Mazet parle. Alentour du muet ,
Non plus muet, toutes huit accoururent; Tinrent Chapitre, & fur l’heure conclurent Qu'a l’avenir Mazet feroit choyé Pour le plus fur; car qu’il fût renvoyé,
Cela rendroit la chofe manifefle.
Le compagnon bien nourri , bien payé ,
Fit ce qu’il put; d’autres firent le relie.
Il les engea de petits Mazillons ,
Defquels on fit de petits moinillons ;
Ces moinillons devinrent bientôt peres ; Comme les Sœurs devinrent bientôt meres ,
A leur regret , pleines d’humilité ;
Mais jamais nom ne fut mieux mérité.
1 onze 2 .
-ÎL-i 3\.X ^ JL^
Nouvelle tirée de Machiavel ,
Au U prefent Conte on verra la fottife D’un Florentin. Il avoit femme prife Honnête & fage , autant qu’il eft befoin;
Jeune pourtant ; du refie toute belle :
Et n’eût-on cru de jouiffance telle Dans le pays , ni même encor plus loin.
Chacun l’aimoit , chacun la jugeoit digne D’un autre époux ; car quant à celui-ci ,
Qu’on appelloit Nicia Calfucci ,
Ce fut un fot en fon tems très-inligne.
Bien leur montra, lorfque , bon gré mal gré. Il réfolut d’être pere appellé ;
Crut qu’il feroit beaucoup pour fa patrie ,
S’il la pouvoit orner de Calfuccis :
Sainte ni Saint n’étoit en Paradis Qui de fes vœux n’eût la tête étourdie.
Tous ne fçavoient où mettre fes prefens.
Il confultoit matrônes , charlatans ,
Difeurs de mots , experts fur cette affaire :
Le tout en vain ; car il ne put tant faire Que d’être pere. Il étoit buté-là ;
Quand un jeune homme , après avoir en France Etudié, s’en revint a Florence,
Aufîi leurré qu’aucun de par-delà ;
Propre , galant , cherchant par-tout fortune. Bien-fait de corps , bien voulu de chacune:
Il fçut dans peu la carte du pays;
Connut les bons 8c les méchans Maris ;
Et de quels bois fe chauffaient leurs femelles ; Quels furveillans ils avoient mis près d’elles ; Les fi , les car , enfin tous les détours ; Comment gagner les confidens d’amours.
Et la nourrice , 8c le Confefïeur même , Jufques au chien: tout y fait , quand on aime: Tout tend aux fins , dont un feul ïota N’étant omis , d’abord le perfonnage Jette fon plomb fur MefTer Nicia,
Pour lui donner l’Ordre de cocuage Hardi deffein ! L’époufe de léans ,
A dire vrai , recevoit bien les gens ; Mais c’étoit tout : aucun de fes amans Ne s’en pouvoir promettre davantage.
Celui-ci feul , Callimaque nommé ,
Dès qu’il parut , fut très-fort à fon gré. Lè Galant donc , près de la forterefle Affiet fon camp, vous invertit Lucrèce, Qui ne manqua de f^ire la tigreffe A l’ordinaire , 8c l’envoya jouer.
Il ne fçavoit à quel faint fe vouer.
Quand le mari , par fa fottife extrême, Lui fit juger qu’il n’étoit rtratagême , Panneau n’étoit , tant étrange femblât , Ou le pauvre homme à la fin ne donnât,
De
De tout fon cœur , & ne s’en affublât.
L’Amant 8c lui , comme étant gens d’étude , Avoient entr’eux lié queîqu’habitude :
Car Nice étoit Doéieur en Droit Canon:
Mieux eût valu l’être en autre fcience ,
Et qu’il n’eût pris fi grande confiance En Callimaque. Un jour au compagnon Il fe plaignit de fe voir fans lignée.
A qui la faute? il étoit verd-galant,
Lucrèce jeune , 8c drue , 8c bien taillée , Lorfque j’étois à Paris, dit l’amant,
Un curieux y paffa d’aventure.
Je l’allai voir : il m’apprit cent fecrets ; Entr’autres un pour avoir géniture ;
Et n’étoit chofe à fon compte plus fûre.
Le grand Mogol l’avoit avec fuccès Depuis deux ans , éprouvé fur fa femme : Mainte PrincefTe, 8c mainte 8c mainte Dame En avoit fait auffi d’heureux effais.
U difoit vrai ; j’en ai vu des effets.
Cette recette eft une médecine Faite du jus de certaine racine ,
Ayant pour nom Mandragore ; 8c ce jus Pris par la femme opéré beaucoup plus,
Que ne fit onc nulle ombre monachale D’aucun couvent de jeunes Freres plein.
Dans dix mois d’hui , je vous fais pere enfin , Sans demander un plus long intervalle.
Et touchez-là \ dans dix mois 8c devant ,