‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 26 sur 93 · N I C AISE · texte numérisé non relu

N I C AISE

Entendez ceci , s’il vous plaît*

Je penfe voir votre penfée Sur ce mot-là de commencée*

C’étoit alors fans point d’abus Fille* promife , ôc rien de plus.

Huit jours donnés à la fiancée.

Comme elle appréhendoit encor Quelque rupture en cet accord ;

Elle diffère le négoce,

Jufqu’au propre jour de la noce.

De peur de certain accident Qui les fillettes va perdant.

On rnene au moûtier cependant Notre Galante encor pucelle.

Le Oui fut dit à la chandelle.

L’Epoux voulut avec la Belle S’en aller coucher au retour.

Elle demande encor ce jour.

Et ne l’obtient qu’avecque peine :

Il fallut pourtant y pafier.

Comme l’aurore étoit prochaine,

L'époufe , au lieu de fe coucher ,

S’habille. On eût dit une Reine.

Rien ne manquoit aux vêtemens ,

Perles , joyaux, & diamans:

Son Epoufé la faifoit Dame.

Son ami , pour la faire femme.

Prend heure avec elle au matin.

Ils dévoient aller au Jardin ,

Dans un bois propï*e à telle affaire»

Une compagne y devoit faire Le guet autour de nos Amans *

Compagne inffruite du myftere.

La Belle s’y rend la première ,

Sous le prétexte d’aller faire Un bouquet, dit-elle à fes gens,

Nicaife, après quelques momens ,

La va trouver ; & le bon Sire,

Voyant le lieu , fe met à dire :

Qu’il fait ici d’humidité !

Foin , votre habit fera gâté.

Il eft beau : ce feroit dommage.

Souffrez , fans tarder davantage ,

Que j’aille quérir un tapis.

Ah, mon Dieu! laiffons les habits ,

Dit la Belle toute piquée :

Je dirai que je fuis tombée ;

Pour la perte , n’y fongez point.

Quand on a tems fi fort à point ,

Il en faut ufer ; & périffent Tous les vêtemens du pays ;

Que plutôt tous les beaux habits Soient gâtés , & qu’ils fe faliffent ,

Que d'aller ainfi confumer LT n quart d’heure : un quart d’heure eft cher» Tandis que tous les gens agiffent Pour ma noce , il ne tient qu’à vous D’employer des momens fi doux»

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