N I C AISE
Ce que je dis ne me fied guere ;
Mais je vous chéris , & vous veux Rendre honnête-homme , fi je peux.
En vérité , dit l’amoureux ,
Conferver étoffe fi chere Ne fera point mal fait à nous.
Je cours: c’eft fait: je fuis à vous; Deux minutes feront l’affaire.
Là-deffus il part , fans laiffer Le tems de lui rien répliquer.
Sa fottife guérit la Dame:
Un tel dédain lui vint en famé. Qu’elle reprit dès ce moment Son cœur que trop indignement Elle avoit placé. Quelle honte !
Prince des fots, dit-elle en foi;
Va , je n’ai nul regret de toi :
Tout autre eût été mieux mon compte.
Mon bon Ange a confidéré Que tu n’avois pas mérité Une faveur fi précieufe.
Je ne veux plus être amoureufe Que de mon Mari ; j’en fais vœu :
Et de peur qu’un refte de feu A le trahir ne me rengage ;
Je vais, fans tarder davantage.
Lui porter un bien qu’il auroit,
Quand Nicaife en fon lieu feroit,
A ces mots , la pauvre Epoufée.
Ëî
N I C A I S E. io i
Sort du bois fort fcandalifée.
L’autre revient, & fon tapis:
Mais ce n’eft plus comme jadis.
Amans , la bonne heure ne fonne A toutes les heures du jour.
J’ai lu dans l’alphabet d’amour ,
Qu’un galant près d’une perfonne N’a toujours le tems comme il veut ;
Qu’il le prenne donc comme il peut.
Tout délais y font du dommage:
Nicaife en elt un témoignage.
Fort eflouflé d’avoir couru ,
Et joyeux de telle proueiTe ,
Il s’en revient bien réfolu D’employer tapis &■ maîtrefle.
Mais quoi! la Dame au bel habit.
Mordant fes levres de dépit ,
Retournoit vers la compagnie ;
Et de fa flamme bien guérie ,
Polïible alloit dans ce moment ,
Pour fe venger de fon Amant,
Porter à fon Mari la chofe Qui lui caufoit ce dépit-là.
Quelle chofe ? c’efb celle-là Que fille dit toujours qu’elle a :
Je le crois; mais d’en mettre jà Mon doigt au feu ; ma foi , je n’ofe ;
Ce que fçais , c’efl qu’en tel cas Fille qui ment ne peche pas.
Grâce à Nicaife, notre Belle,
Ayant fa fleur en dépit d’elle ,
S’en retournoit tout en grondant :
Quand Nicaife la rencontrant ,
A quoi tient , dit-il à la Dame ,
Que vous ne m’ayez attendu ?
Sur ce tapis bien étendu
Vous feriez en peu d’heures femme.
Retournons donc fans confulter :
Venez ceiler d’être pucelle ;
Puifque je puis , fans rien gâter,
Vous témoigner quel eft mon zele.
Non pas cela, reprit la Belle:
Mon Pucelage dit qu’il faut J
Remettre l’affaire à tantôt. 5
J’aime votre fanté , Nicaife; ü
Et vous confeille auparavant De reprendre un peu votre vent.
Or refpirez tout à votre aife.
Vous êtes apprentif Marchand ;
Faites-vous apprentif galant :
Vous n’y ferez pas fi-tôt maître.
A mon égard, je ne puis être Votre maîtreffe en ce métier.
Sire Nicaife , il vous faut prendre Quelque fervante du quartier.
Vous fçav'ez des étoffes vendre.
Et leur prix en perfeéïion ;
Mais ce que vaut l’occafion ,
Vous l’ignorez-, allez l’apprendre.
'''MÏVlIi.