‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 27 sur 93 · N I C AISE · texte numérisé non relu

N I C AISE

Ce que je dis ne me fied guere ;

Mais je vous chéris , & vous veux Rendre honnête-homme , fi je peux.

En vérité , dit l’amoureux ,

Conferver étoffe fi chere Ne fera point mal fait à nous.

Je cours: c’eft fait: je fuis à vous; Deux minutes feront l’affaire.

Là-deffus il part , fans laiffer Le tems de lui rien répliquer.

Sa fottife guérit la Dame:

Un tel dédain lui vint en famé. Qu’elle reprit dès ce moment Son cœur que trop indignement Elle avoit placé. Quelle honte !

Prince des fots, dit-elle en foi;

Va , je n’ai nul regret de toi :

Tout autre eût été mieux mon compte.

Mon bon Ange a confidéré Que tu n’avois pas mérité Une faveur fi précieufe.

Je ne veux plus être amoureufe Que de mon Mari ; j’en fais vœu :

Et de peur qu’un refte de feu A le trahir ne me rengage ;

Je vais, fans tarder davantage.

Lui porter un bien qu’il auroit,

Quand Nicaife en fon lieu feroit,

A ces mots , la pauvre Epoufée.

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N I C A I S E. io i

Sort du bois fort fcandalifée.

L’autre revient, & fon tapis:

Mais ce n’eft plus comme jadis.

Amans , la bonne heure ne fonne A toutes les heures du jour.

J’ai lu dans l’alphabet d’amour ,

Qu’un galant près d’une perfonne N’a toujours le tems comme il veut ;

Qu’il le prenne donc comme il peut.

Tout délais y font du dommage:

Nicaife en elt un témoignage.

Fort eflouflé d’avoir couru ,

Et joyeux de telle proueiTe ,

Il s’en revient bien réfolu D’employer tapis &■ maîtrefle.

Mais quoi! la Dame au bel habit.

Mordant fes levres de dépit ,

Retournoit vers la compagnie ;

Et de fa flamme bien guérie ,

Polïible alloit dans ce moment ,

Pour fe venger de fon Amant,

Porter à fon Mari la chofe Qui lui caufoit ce dépit-là.

Quelle chofe ? c’efb celle-là Que fille dit toujours qu’elle a :

Je le crois; mais d’en mettre jà Mon doigt au feu ; ma foi , je n’ofe ;

Ce que fçais , c’efl qu’en tel cas Fille qui ment ne peche pas.

Grâce à Nicaife, notre Belle,

Ayant fa fleur en dépit d’elle ,

S’en retournoit tout en grondant :

Quand Nicaife la rencontrant ,

A quoi tient , dit-il à la Dame ,

Que vous ne m’ayez attendu ?

Sur ce tapis bien étendu

Vous feriez en peu d’heures femme.

Retournons donc fans confulter :

Venez ceiler d’être pucelle ;

Puifque je puis , fans rien gâter,

Vous témoigner quel eft mon zele.

Non pas cela, reprit la Belle:

Mon Pucelage dit qu’il faut J

Remettre l’affaire à tantôt. 5

J’aime votre fanté , Nicaife; ü

Et vous confeille auparavant De reprendre un peu votre vent.

Or refpirez tout à votre aife.

Vous êtes apprentif Marchand ;

Faites-vous apprentif galant :

Vous n’y ferez pas fi-tôt maître.

A mon égard, je ne puis être Votre maîtreffe en ce métier.

Sire Nicaife , il vous faut prendre Quelque fervante du quartier.

Vous fçav'ez des étoffes vendre.

Et leur prix en perfeéïion ;

Mais ce que vaut l’occafion ,

Vous l’ignorez-, allez l’apprendre.

'''MÏVlIi.

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