COMMENT UES PRIT
Va-t-en chercher de l’efprit, malheureufe. La pauvre fille aufli-tôt s’en alloit Chez les voifins , affligée &: honteufe ,
Leur demandant où fe vendoit l’efprit.
On en rioit ; à la fin on lui dit :
Allez trouver Pere Bonaventure ,
Car il en a bonne provifion.
Incontinent la jeune créature S’en va le voir, non fans confufion :
Elle craignoit que ce ne fût dommage De détourner ainfi tel perfonnage.
Me voudroit-il faire de tels prefens ,
A moi qui n’ai que quatorze ou quinze ans ? Vaux-je cela, difoit en foi la Belle?
Son innocence augmentoit fes appas.
Amour n’avoit à fon croc de pucelle Dont il crut faire un auffl bon repas.
Mon Révérend , dit-elle au béat homme ,
Je viens vous voir : des perfonnes m’ont dit Qu’en ce Couvent on vendoit de l’efprit : Votre plaifir feroit-il qu’à crédit J’en p u fie avoir ? non pas pour grofie fomme A gros achat mon tréfor ne fufiit.
Je reviendrai s’il m’en faut davantage:
Et cependant prenez ceci pour gage.
A ce difcours , je ne fçais quel anneau Quelle tiroit de fon doigt avec peine ,
Ne venant point, le Pere dit : Tout beau ; Nous pourvoirons à ce qui vousamene.