FIENT AUX FILLES
Un libre aveu ; c’efl votre frere Alain Qui m’a donné de l’efprit un matin.
Mon frere Alain ! Alain 1 s’écria Life ,
Alain mon frere ! ah je fuis bien furprife ;
Il n’en a point, comme en donneroit-il ?
Sotte, dit l’autre , hélas ! tu n’en fçais guere : Apprends de moi que pour pareille affaire II n’efl befoin que l’on foit fi fubtil.
Ne me crois-tu? fçache-îe de ta mere;
Elle ell experte au fait dont il s'agit :
Sur ce point là l’on t’aura bientôt dit.
Vivent les fots pour donner de l’efprit.
J—'’ E x e m P l e fert , l’exemple nuit aufll : Lequel des deux doit l’emporter ici ,
Ce n’eft mon fait : l’un dira que l’Abbefie En ufa bien ; l’autre au contraire, mal :
Selon les gens , bien ou mal , je ne laifle D’avoir mon compte , & montre en général , Par ce que fit tout un troupeau de Nonnes , Que brebis font la plupart des perfonnes : Qu’il en pafie une , il en pafiera cent ;
Tant fur les gens eft l’exemple puifiant. Agnès pafia,puis autre Sœur, puis une;
Tant qu’à pafier s’entre-prefiant chacune.
On vit enfin celle qui les gardoit Pafier aufll : c’efl: en gros tout le Conte : Voici comment en détail on le conte.
Certaine Abbefie un certain mal avoit , Pâles couleurs nommé parmi les filles ;
Mal dangereux, & qui des plus gentilles Détruit l’éclat , fait languir les attraits.
Notre malade avoit la face blême
Tout juftement comme un Saint de Carême,
Bonne d’ailleurs , & gente à cela près.
La Faculté fur ce point confultée ,
Après avoir la chofe examinée ,
Dit que bientôt Madame tomberoit