‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 33 sur 93 · MALADE · texte numérisé non relu

MALADE

En fievre lente , Sc puis qu’elle mourroit. Force fera que cette humeur la mange;

A moins que de. . . . l’à moins eft bien étrange ; A moins enfin qu’elle n’ait à fouirait Compagnie d’homme. Hipocrate ne fait Choix de fes mots, Sc tant orner ne fçait.

Jefus, reprit toute fcandalifée Madame Abbeffe : hé que dites-vous-là ?

Fi. Nous difons , repartit à cela La Faculté , que pour chofe affurée Vous en mourrez , à moins d’un bon galant: Bon le faut-il , c’eft un point important:

Et fi bon n’eft, deux en prendrez, Madame.

Ce fut bien pis : non pas que dans fon ame Ce bon ne fût par elle fouhaité ;

Mais le moyen que fa Communauté Lui vit fans peine approuver telle chofe ?

Honte fouvent eft de dommage caufe.

Sœur Agnès dit : Madame , croyez-les.

Un tel renrede eft chofe bien mauvaife.

S’il a le goût méchant à beaucoup près Comme la mort. Vous faites cent fecrets ; Faut-il qu’un feul vous choque & vous déplaife? Vous en parlez , Agnès , bien à votre aife > Reprit l’ Abbeffe: or ça, par votre Dieu,

Le feriez-vous ? mettez-vous en mon lieu. Oui-da, Madame, & dis bien davantage; Votre fanté m’eft chere jufques-là ,

Que , s’il falloit pour vous fouffrir cela ,

iio U ABBESSE

Je ne voudrois que , dans ce témoignage D’affeélion , pas une de céans Me devançât. Mille remercimens A Sœur Agnès donnés par fon AbbefTe:

La Faculté dit adieu là-delîus,

Et proteflade ne revenir plus.

T out le Couvent fe trouvoit en trifleffe ; Quand Sœur Agnès qui n’étoit de ce lieu La moins fenfée , au refie bonne lame ,

Dit à fes Sœurs : tout ce qui tient Madame Efl feulement belle honte de Dieu.

Par charité n’en eft-il point quelqu’une Pour lui montrer l’exemple & le chemin?

Cet avis fut approuvé de chacune :

On l’applaudit; il court demain en main.

Pas unen’efl qui montre en ce de hein De la froideur , foit Nonne, foit Nonnette, Mere Prieure, ancienne , ou difcrette.

Le billet trotte: on fait venir des sens De toute guife , &: des noirs , & c des blancs , Et des tannés. L’efcadron , ditl’hilloire ,

Ne fut petit , ni , comme l’on peut croire , Lent à montrer de fa part le chemin.

Ils ne cédoient à pas une Nonnain Dans le defir de faire que Madame Ne fût honteufe , ou bien n’eut dans foname Tel récipé pofïïble à contre-cœur.

De fes brebis à peine la première A fait le faut , qu’il fuit une autre Sœur ;

MALADE . m

Une troifieme entre dans la carrière :

Nulle ne veut demeurer en arriéré *,

P relie fe met pour n’être la derniere.

Que dirai plus ? enfin Pimprelïion Qu’avoit l’Abbelîe encontre ce remede ,

Sage rendue à tant d’exemples , cede.

Un jouvenceau fait l’opération Sur la malade. Elle redevient rofe ,

Oeillet , aurore , & fi quelque autre chofe De plus riant fe peut imaginer.

O doux remede! ôremedeà donner !

Remede ami de mainte créature.

Ami des gens , ami de la nature,

( Ami de tout , point d’honneur excepté.

Point d’honneur eft une autre maladie : Dansfes écrits Madame Faculté *

N’en parle point. Que de maux en la vie !

LES TROQUEURS,

L/ E changement de mets réjouit l’homme r Quand je dis l’homme, entendez qu’en ceci La femme doit être comprife auffi :

Et ne fçais pas comme il ne vient de F.ome Permiffion de troquer en hymen;

Non fi fouvent qu’on en auroit envie *

Mais tout au moins une fois en fa vie: Peut-être un jour nous l’obtiendrons ; Amen. Ainfi foit-il. Semblable induit en France Viendroit fort bien , j’en réponds; câr nos gens Sont grands troqueurs.Dieu nous créachangeans. Près de Rouen , pays de fapience ,

Deux villageois avoient chacun chez foi Forte femelle , &c d’affez bon aloi Pour telles gens qui n’y raffinent guere. Chacun fçait bien qu’il n’eft pas néceffiaire Qu’amour les traite ainfi que des Prélats: Avint pourtant que tous deux étant las De leurs moitiés, leur voifin le Notaire Un jour de Fête avec eux chopinoit.

Un des manans lui dit : Sire Oudinet,

J’ai dans l’efprit une plaifante affaire :

Vous avez fait fans doute en votre tems Plufieurs contrats de diverfe nature;

Ne peut-on point en faire un où les gens

Troquent

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LES TRO QU E l/RS. II3

Troquent de femme ainfi que de monture ? Notre Pafireur a bien changé de Cure:

La femme eft-elle un cas fi différent ?

Et pargué non ; car Meffire Grégoire Difoit toujours , fi j’ai bonne mémoire ,

Mes brebis font ma femme; cependant Il a changé: changeons auffi compere.

Très-volontiers , reprit l’autre manant;

Mais tu fçais bien que notre ménagère Eft la plus belle: or ça , Sire Oudinet,

Sera-ce trop , s’il donne fon Mulet

Pour le retour? Mon mulet ! 6c parguenne.

Dit le premiej des villageois fufdits ,

Chacune vaut en ce monde fon prix;

La mienne ira but à but pour la tienne :

On ne regarde aux femmes de fi près :

Point de retour ; vois-tu compere Etienne,

Mon mulet, c’eft. . . c’efl le Roi des mulets.

Tu ne devrois me demander mon âne

Tant feulement : troc pour troc , touche-là.

Sire Oudinet raifonnant fur cela

Dit: il eft vrai que Tiennette a fur Jeanne

De l’avantage, à ce qu’il femble aux gens;

Mais le meilleur de la bête à mon fens

N’eft ce qu’on voit : fémmes ont maintes chofes

Que je préféré , 6c qui font lettres clofes.

Femmes auffi trompent alfez fouvent :

Jà ne les faut éplucher trop avant.

Or fus , voifins , faifons les chofes nettes.

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