‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 44 sur 93 · ET LE MAITRE ENDROIT · texte numérisé non relu

ET LE MAITRE ENDROIT

Sa femme , encor que très-rufée.

A ce difcours , ami Lecteur ,

Vous 11e croiriez jamais, fans avoir quelque honte , Que l’héroïne de ce Conte Fut propre femme du Doéleur.

Elle l’étoit pourtant. Le pis eft que mon homme.

En s’informant de tout , & des fi , & des cas ,

Et comme elle étoit faite , & quels fecrets appas ,

Vit que c’étoit fa femme en fournie.

Un feul point l’arrêtoit; c’étoit certain talent Qu’avoit en fa moitié trouvé l’Etudiant,

Et que pour le Mari n’avoit pas la Donzelle.

A ce ligne ce n’eft pas elle,

Difoit en foi le pauvre Epoux ;

[ Mais les âutres points y font tous ; t

C’eft elle. Mais ma femme au logis eft rêveufe;

Et celle-ci paroît caufeufe ,

Et d’un agréable entretien :

AfTurément c’en eft une autre.

Mais du relie il n’y manque rien,

T aille , vifage , traits , même poil ; c’eft la nôtre. Après avoir bien dit tout bas.

Ce l’eft , & puis ce ne l’eft pas ;

Force fut qu’au premier en demeurât le Sire.

Je lailTe à penfer fon courroux ,

Sa fureur , afin de mieux dire.

Vous vous êtes donnés un fécond rendez-vous ?

Pourfuivit-il. Oui , reprit notre apôtre;

Elle & moi n’avons eu garde de l’oublier ,

Nous trouvant trop bien du premier,

Vâ cî

Pour n’en pas ménager un autre, Très-réfolus tous deux de ne nous rien devoir.

La réfolution , dit le Docteur , eft belle.

Je fçaurois volontiers quelle eft cette donzelle. L’écolier repartit : Je ne l’ai pu fçavoir ;

Mais qu’importe ? il fuffit que je fois content d’elle.

Dès-à-prefent je vous répons Que l’époux de la Dame a toutes fes façons.

Si quelqu’une manquoit , nous la lui donnerons Demain , en tel endroit, à telle heure, fans faute.

On doit m’attendre entre deux draps , Champ de bataille propre à de pareils combats.

Le rendez-vous n’eft point dans une chambre haute.

Le logis eft propre 8c paré.

On m’a fait à l’abord traverfer un paftage Où jamais le jour n’eft entré ;

Mais aufïi-tôt après , la vieille du niellage M’a conduit en des lieux où loge en bonne foi , Tout ce qu’amour a de délices;

On peut s’en rapporter à moi.

A ce difcours jugez quels étoient les fupplices Qu’enduroit le Doéleur. Il forme le deftein De s’en aller le lendemain Au lieu de l’écolier , 8c fous ce perfonnage Convaincre fa moitié , lui faire un vaflélage Dont il fût à jamais parlé.

N’en déplaife au nouveau confrère.

Il n’étoit pas bien conseillé:

Mieux valoir pour le coup fe taire ;

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Sauf d’apporter en tems &c lieu Remede au cas , moyennant Dieu.

Quand les époufes font un récipiendaire Au benoît état de cocu,

S’il en peut fortir franc , c’eft à lui beaucoup faire *, Mais quand il eft déjà reçu.

Une faconde plus ne fait rien à l’affaire.

Le Docfeur raifonna d’autre forte , de fit tant Qu’il ne fit rien qui vaille. Il crut qu’en prévenant , Sonparrein en cocuage ,

Il feroit tour d’homme fage ;

Son parrein , cela s’entend ;

Pourvu que fous ce galant II eût fait apprentiflàge ;

Chofe dont à bon droit le leéteur doit douter. Quoi qu’il en foit, l’époux ne manqua pas d’aller. Au logis de l’aventure

Croyant que l’allée obfcure ,

Son fiîence , de le foin de fe cacher le nez ,

Sans qu’il fut reconnu le feroient introduire En ces lieux fi fortunés ,

Mais par malheur la vieille avoit pour fe conduire Une lanterne fourde ; de plus fine cent fois Que le plus fin Docteur en loix ,

Elle reconnut l'homme , de fans être furprife Elle lui dit : attendez-là ;

Je vais trouver Madame Elife:

Il la faut avertir ; je n’ofe fans cela Vous mener dans fa chambre; de puis vous devez être

èaË&ï&i-.

En autre habit pour l’aller voir:

C’eft-à-dire en un mot qu’il n’en faut point avoir. Madame attend au lit. A ces mots notre Maître Pouffé dans quelque bouge , y voit d’abord paroître Tout un deshabillé , des mules , un peignoir , Bonnet , robe de chambre, avec chemife d’homme ; Parfums fur la toilette , 6c des meilleurs de Rome Le tout propre, arrangé , de même qu’on eût fait Si l’on eut attendu le Cardinal Préfet.

Le Doéteur fe dépouille; 6c cette gouvernante Revient, 6c par la main le conduit en des lieux Ou notre homme privé de l’ufage des yeux Va d’une façon chancelante.

Après ces détours ténébreux ,

La vieille ouvre une porte , 6c vous pouffe le Sire En un fort mal plaifant endroit,

Quoique ce fût fon propre empire ;

C’étoit en l’Ecole de Droit.

En l’Ecole de Droit ! La même : le pauvre homme Honteux, furpris , confus , non fans quelque raifon, Penfa tomber en pàmoifon.

Le Conte en courut par-tout Rome.

Les Ecoliers alors attendoient leur Régent.

Cela feul acheva fa mauvaife fortune.

Grand éclat de ri fée , 6c grand chuchillement, Univerfel étonnement.

Eft-il fou ? qu’eft-ce-la? vient-il de voir quelqu’une? Ce ne fut pas le tout : fa femme fe plaignit. Procès. La parenté fe joint en caufe& dit;

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