LE DIABLE EN ENFER
Fille un peu neuve , à ce que dit Phiftoire. Lifantun jour comme quoi certains Saints, Pour mieux vaquer à leurs pieux deffeins.
Se féqueftroient ; vivoient comme des Anges, Qui cà , qui là , portant toujours leurs pas En lieux cachés ; chofes qui bien qu’étranges Pour Alibech avoient quelques appas.
Mon Dieu , dit-elle , il me prend une envie D’aller mener une femblable vie.
Alibech donc s’en va fans dire adieu :
Mere , ni fœur , nourrice, ni compagne N’efl avertie. Alibech en campagne Marche toujours , n’arrête en pas un lieu.
Tant court enfin qu’elle entre en un bois fombre : Et dans ce bois elle trouve un vieillard ;
Homme poflible autrefois plus gaillard ,
Mais n’étant lors qu’un fquelette & qu’une ombre Pere , dit-elle , un mouvement m’a pris :
C’efl d’être fainte Sc mériter pour prix ,
Qu’on me révéré & qu’on chomme ma fête.
O quel plaifir j’aurois ,fi tous les ans ,
La palme en main , les rayons fur la tête.
Je recevois des fleurs & c des prefens !
Votre métier eft-il fi difficile?
Je fçais déjà jeûner plus d’à demi.
Abandonnez ce penfer inutile ,
Dit le vieillard ; je vous parle en ami;
La fainteté n’efl: chofe fi commune ,
Que le jeûner fufüfe pour l’avoir.
:Sfô|Ofc
Dieu gard de mal fille &: femme qui jeûne , Sans pour cela guere mieux en valoir.
U faut encor pratiquer d’autres chofes , D’autres vertus qui me font lettres clofes. Et qu’un Hermite habitant de ces bois Vous apprendra mieux que moi mille fois. Allez le voir ; ne tardez davantage :
Je ne retiens tels oifeaux dans ma cage. Difant ces mots ce vieillard la quitta , Ferma fa porte, & fe barricada.
Très-fage fut d’agir ainfi fans doute.
Ne fe fiant à vieillefle , ni goûte ,
Jeûne, ni haire , enfin à rien qui foit.
Non loin de-Ià notre Sainte apperçoit Celui de qui le bon vieillard parloit ; Homme ayant l’ame en Dieu toute occupée. Et fe faifant tout blanc de fon épée.
C’étoit Ruflic , jeune Saint très-fervent : Cesjeunes-Ià s’y trompent bien fouvent.
En peu de mots l’appétit d’être fainte ,
Lui fut d’abord par la Belle expliqué; Appétit tel qu’Aïibech avoit crainte ,
Que quelque jour fon fruit n’en fût marqué. Ruflic fourit d’une telle innocence.
Je n’ai , dit-il , que peu de connoiffance En ce métier; mais ce peu-là que j’ai Bien volontiers vous fera partagé.
Nous vous rendrons la chofe familière.
Maître Ruflic eût dû donner congé
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