‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 49 sur 93 · EN ENFER · texte numérisé non relu

EN ENFER

Moitié voulant combattre ce defir ,

Moitié n’ofant , moitié peine & plaifir ,

Elle crut faire acte de repentance;

Bien humblement rendit grâce au Frater;

Scut ce que c’eft que le Diable en Enfer. Déformais faut qu’Alibech fe contente D’être martyre , en cas que fainte foit :

Frere Ruftic peu de Vierges faifoit.

Cette leçon ne fut la plus aifée ;

Dont Alibech non encor déniaifée Dit: il faut bien que le Diable en effet Soit une chofe étrange <$ c bien mauvaife.

Il brife tout: voyez le mal qu’il fait A fa prifon : non pas qu’il m’en déplaife ;

Mais il mérite en bonne vérité D’y retourner. Soit fait , ce dit le frere.

Tant s’appliqua Ruftic à ce myftere,

Tant prit de foin , tant eut de charité , Qu’enfin l’Enfer s’accoutumant au Diable ,

Eût eu toujours fa prefence agréable ,

Si l’autre eût pu toujours en faire effai.

Sur quoi la Belle: on dit encor bien vrai Qu’il n’eft prifon fi douce , que fon hôte En peu de tems ne s’y lafte fans faute.

Bientôt nos gens ont noife fur ce point.

En vain l’Enfer fon prifonnier rappelle ;

Le Diable eft fourd ; le Diable n’entend point. L’Enfer s’ennuye; autant en fait la Belle.

Ce grand defir d’être fainte s’en va.

Ruftic voudroit être dépêtré d’elle.

Elle pourvoit d’elle-même à cela.

Furtivement elle quitte le Sire :

Par le plus court s’en retourne chez foi.

Je fuis en foin de ce qu’elle put dire A fes parens : c’eft ce qu’en bonne-foi , Jufqu’à prefent je n’ai bien fçu comprendre. Apparemment elle leur fit entendre Que fon cœur mu d’un appétit d’enfant , L’avoit portée à tâcher d’être fainte.

Ou l’on la crut, ou l’on en fit femblant.

Sa parenté prit pour argent comptant Un tel motif: non que de quelque atteinte

A fon Enfer on n’eût quelque foupçon ;

Qu’on n’y voit goûte, & maint geôlier s’y trompe. Alibech futfefbinée en grand pompe.

L’hiftoire dit que par fimplicité ,

Elle conta la chofe à fes compagnes :

Befoin n’étoit que votre fainteté.

Ce lui dit-on , traverfàt ces campagnes.

On vous auroit fans bouger du logis.

Même leçon , même fecret appris.

Je vous aurois , dit l’une, offert mon frere: Vous auriez eu , dit l’autre , mon coufin;

Et Néherbal notre prochain voifin ,

N’efl: pas non plus novice en ce myftere.

Il vous recherche ; acceptez ce parti ,

Devant qu’on foit d’un tel cas averti.

Mais cette charte eft faite de façon

Elle le fit : Néherbal n’étoit homme A cela près. On donna telle fomme.

Qu’avec les traits de la jeune Alibech ,

Il prit pour bon un Enfer très-fiifpeét ,

Ufant des biens cjue l’hymen nous envoie,

A tous époux Dieu doit pareille joie !

ro^î/feir

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