‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 6 sur 93 · SB · texte numérisé non relu

SB

Il ne s’en figura, pendant un fortlong-tems,

Point d’autres que leshabitans De cette forêt; c’efl-à-dire ,

Que des loups , des oifeaux , enfin ce qui refpire Pour refpirer fans plus &: ne fonger à rien.

Ce qui porta fon pere à fuir tout entretien ,

Ce furent deux raifons , ou mauvaifes , ou bonnes ; L’une la haine des perfonnes ,

L’autre la crainte ; &c depuis qu’à fes yeux Sa femme difparut s’envolant dans les deux ,

Le monde lui fut odieux :

Las d’y gémir &: de s’y plaindre,

Et par-tout des plaintes ouïr.

Sa moitié le lui fit par fon trépas haïr ,

Et le refie des femmes craindre.

Il voulut être hermite , &c deflina fon fils A ce même genre de vie.

Ses biens aux pauvres départis ,

11 s’en va feul , fans compagnie ,

Que celle de ce fils qu’il portoit dans fes bras Au fond d’une forêt il arrête fes pas.

( Cet homme s’appelloit Philippe , dit l’hifloire )

Là par un faint motif, & non par humeur noire ,

Notre hermite nouveau cache avec très-grand foin Cent chofes à l’enfant ; ne lui dit près ni loin Qu’il fût au monde aucune femme ,

Aucuns defirs , aucun amour ;

Au progrès de fes ans râlant en ce féjour La nourriture de fon ame ;

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