‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 7 sur 93 · DE FRERE PHILIPPE · texte numérisé non relu

DE FRERE PHILIPPE

A cinq il lui nomma des fleurs , des animaux;

L’entretint de petits oifeaux ;

Et parmi ce difcours aux enfans agréable ,

Mêla des menaces du diable ;

Lui dit qu’il étoit fait d’une étrange façon :

La crainte efl aux enfans la première leçon.

Les dix ans expirés , matière plus profonde Se mit fur le tapis : un peu de l’autre monde Au jeune enfant fut révélé ;

Et de la femme point parlé.

Vers quinze ans lui futenfeigné ,

Tout autant que l’on pût , l’Auteur de la nature ;

Et rien touchant la créature.

Ce propos n’efl alors déjà plus de faifon j

Pour ceux qu’au monde on veut fouflraire; Telle idée en ce cas efl fort peu néceflaire.

Quand ce fils eut vingt ans , fon pere trouva bon De le mener à la ville prochaine.

Le vieillard tout caffé ne pouvoit plus qu’à peine Aller quérir fon vivre ; &: lui mort , après tout Queferoit ce cher fils? comment venir à bout De fubfifler fans connoître perfonne ?

Les loups n’étoient pas gens qui donnaflent l’aumône.

Il fçavoit bien que le garçon N’auroit de lui , pour héritage.

Qu’une beface &" qu’un bâton :

C’étoit un étrange partage.

Le pere à tout cela fongeoit fur fes vieux ans.

Au refie il étoit peu de gens

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Qui ne lui donnaient la miche.

Frere Philippe eût été riche ,

S’il eût voulu. Tous les petits enfans Le connoifloient ; & du haut de leur tête Ils crioient : apprêtez la quête ;

Voilà Frere Philippe. Enfin dans la cité Frere Philippe fouhaité Avoit force dévots ; de dévotes pas une ;

Car il n’en vouloit point avoir.

Si-tôt qu’il crut fon fils ferme dans fon devoir.

Le pauvre homme le mene voir Les gens de bien , & tente la fortune.

Ce ne fut qu’en pleurant qu’il expofa ce fils.

Voilà nos hermites partis.

Ils vont à la cité fuperbe , bien bâtie.

Et de tous objets afiortie :

Le Prince y faifoit fon féjour.

Le jeune homme tombé des nues Demandoit , qu’eft-ce là ? ce font des gens de cour. Et là ? ce font palais. Ici ? ce font Ilatues.

Il confidéroit tout : quand de jeunes beautés Aux yeux vifs , aux traits enchantés ,

P afferent devant lui : dès-lors nulle autre chofe Ne put fes regards attirer.

Adieu palais ; adieu ce qu’il vient d’admirer :

V oici bien pis , & bien une autre caufe D’étonnement.

Ravi comme en extafe à cet objet charmant, Qu’eft-ce là , dit-il à fonpere ,

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