‹ Contes et nouvelles en vers (volume 3)Chapitre 21 sur 84 · CAMILLE · texte numérisé non relu

CAMILLE

Je ne fçaurois ; il fait froid : je fuis nu; Délacez-vous, Notre amante ayant vu,

Près du chevet, un poignard dans fa gaine, Le prend, le tire, & coupe fes habits:

Corps piqué d’or, garnitures de prix, Ajuftemens de princefle & de reine,

Ce que les gens en deux mois à grand’ peine Avoient brodé, périt en un moment;

Sans regreter ni plaindre aucunement

Ce que le fexe aime plus que fa vie, Femmes de France, en feriez-vous autant ?

Je crois que non, J'en fuis für ; & partant Cela fut beau fans doute en Italie.

La pauvre amante approche en tapinois, Croyant tout fait, & que pour cette fois Aucun bizarre & nouveau ftratagême

Ne viendroit plus fon aife reculer.

Camille dit : C’eft trop difimuler ;

Femme qui vient fe produire elle-même N’aura jamais de place à mes côtés :

Si bon vous femble, allez vous mettre aux pieds. Ce fut bien-là qu’une douleur extrême Saifit la Belle ; & fi lors par hazard

Elle avoit eu dans fes mains le poignard, C'en étoit fait : elle eût de part en part Percé fon cœur. Toutefois l’efpérance

Ne mourut pas encor dans fon efprit,

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