ZA COURTISANNE
Camille étoit trop connu de Conftance ; Et que ce fût tout de bon qu'il eût dit Chofe fi dure & pleine d’infolence,
Lui qui s’étoit jufques-là comporté
En homme doux, civil, & fans fierté :
Cela fembloit contre toute apparence.
Elle va donc en travers fe placer
Aux pieds du Sire, & d’abord les lui baife ; Mais point trop fort, de peur de le bleffer.
On peut juger fi Camille étoit aife.
Quelle viétoire ! avoir mis à ce point Une beauté fi fuperbe & fi fiere ! | Une beauté ! je ne la décris point; | 11 me faudroit une femaine entiere.
On ne pouvoit reprocher feulement
Que la pâleur à cet objet charmant ;
Pâleur encor dont la caufe étoit telle
Qu'elle donnoit du luftre à notre Belle.
Camille donc s'étend ; & fur un fein
Pour qui l'yvoire auroit eu de l'envie;
Pofe fes pieds, & fans cérémonie
11 s’accommode, & fe fait un couffin:
Puis feint qu'il céde aux charmes de Morphée.
Par les fanglots notre amante étouffée
Lâche la bonde aux pleurs cette fois-là.
AMOUREUSE. 109 Ce fut la fin. Camille l’appella,
D'un ton de voix qui plut fort à la Belle.
Je fuis content, dit-il, de votre amour.
Venez, venez , Conftance ; c’eft mon tour.
Elle fe gliffle ; & lui s’approchant d’elle : M'avez-vous cru fi dur & fi brutal,
Que d’avoir fait tout de bon le févére, Dit-il d’abord ? vous me connoïffez mal:
Je vous voulois donner lieu de me plaire.
Or bien je fçais le fond de votre cœur; Je fuis content, fatisfait, plein de joie, Comblé d'amour ; & que votre rigueur, Si bon lui femble , à fon tour fe déploye ; Elle le peut : ufez-en librement.
Je me déclare aujourd’hui votre amant, Et votre époux ; & ne fçais nulle Dame, De quelque rang & beauté que ce foit, Qui vous valût pour maitrefle & pour femme ; Car le paflé rappeller ne fe doit ,
Entre nous deux. Une chofe ai-je à dire ; C’eft qu'en fecret:il nous faut marier.
Il n’eft befoin de vous fpécifier
Pour quel fujet : cela vous doit fuffire.
Même il eft mieux de cette façon-là:
Un tel hymen à des amours reflemble ;