‹ Contes et nouvelles en vers (volume 3)Chapitre 22 sur 84 · ZA COURTISANNE · texte numérisé non relu

ZA COURTISANNE

Camille étoit trop connu de Conftance ; Et que ce fût tout de bon qu'il eût dit Chofe fi dure & pleine d’infolence,

Lui qui s’étoit jufques-là comporté

En homme doux, civil, & fans fierté :

Cela fembloit contre toute apparence.

Elle va donc en travers fe placer

Aux pieds du Sire, & d’abord les lui baife ; Mais point trop fort, de peur de le bleffer.

On peut juger fi Camille étoit aife.

Quelle viétoire ! avoir mis à ce point Une beauté fi fuperbe & fi fiere ! | Une beauté ! je ne la décris point; | 11 me faudroit une femaine entiere.

On ne pouvoit reprocher feulement

Que la pâleur à cet objet charmant ;

Pâleur encor dont la caufe étoit telle

Qu'elle donnoit du luftre à notre Belle.

Camille donc s'étend ; & fur un fein

Pour qui l'yvoire auroit eu de l'envie;

Pofe fes pieds, & fans cérémonie

11 s’accommode, & fe fait un couffin:

Puis feint qu'il céde aux charmes de Morphée.

Par les fanglots notre amante étouffée

Lâche la bonde aux pleurs cette fois-là.

AMOUREUSE. 109 Ce fut la fin. Camille l’appella,

D'un ton de voix qui plut fort à la Belle.

Je fuis content, dit-il, de votre amour.

Venez, venez , Conftance ; c’eft mon tour.

Elle fe gliffle ; & lui s’approchant d’elle : M'avez-vous cru fi dur & fi brutal,

Que d’avoir fait tout de bon le févére, Dit-il d’abord ? vous me connoïffez mal:

Je vous voulois donner lieu de me plaire.

Or bien je fçais le fond de votre cœur; Je fuis content, fatisfait, plein de joie, Comblé d'amour ; & que votre rigueur, Si bon lui femble , à fon tour fe déploye ; Elle le peut : ufez-en librement.

Je me déclare aujourd’hui votre amant, Et votre époux ; & ne fçais nulle Dame, De quelque rang & beauté que ce foit, Qui vous valût pour maitrefle & pour femme ; Car le paflé rappeller ne fe doit ,

Entre nous deux. Une chofe ai-je à dire ; C’eft qu'en fecret:il nous faut marier.

Il n’eft befoin de vous fpécifier

Pour quel fujet : cela vous doit fuffire.

Même il eft mieux de cette façon-là:

Un tel hymen à des amours reflemble ;

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