‹ Contes et nouvelles en vers (volume 3)Chapitre 41 sur 84 · CRNEP PENSER PIRE 7 DES TE · texte numérisé non relu

CRNEP PENSER PIRE 7 DES TE

ee LE DIABLE EN ENFER.

u 1 craint d'aimer, a tort, felon mon fens ; S'il ne fuit pas dès qu'il voit une belle.

Je vous connois, objets doux. & puiffans; Plus ne m'irai brûler à la chandelle.

Une vertu fort de vous, ne fçais quelle , Qui dans le cœur s'introduit par les yeux :

Ce qu’elle y fait, befoin n’eft de le dire; On meurt d'amour, on languit , on foupire :

Pas ne tiendroit aux gens qu'on ne fit mieux. A tels périls ne faut qu'on s’'abandonne.

Jen vais donner pour preuve une perfonne Dont la beauté fit trébucher Ruftic.

Il en avint un fort plaifant trafic :

Plaifant fut-il ; au péché près, fans faute : Car pour ce point, je l'excepte , & je l’ôte ; Et ne fuis pas du goût de celle-là Qui buvant frais ( ce fut je penfe à Rome} Difoit, que n’eft-ce un péché que cela !

Je la condamne, & veux prouver en fomme Qu'il fait bon craindre encor que lon foit faint. Rien n’eft plus vrai. Si Ruftic avoit craint, Il n’auroit pas retenu cette fille , Qui jeune & fimple & pourtant très - gentille

190 LE Di IrTTE

Jufques au vif vous l’eut bientôt atteint:

Alibech fut fon nom, fi j'ai mémoire;

Fille uñ peu neuve, à ce que dit l’hiftoite, Lifant un jour comme quoi cettains Saints, Pour mieux vaquer à leurs pieux deffeins ,

Se féqueftroient ; vivoient comme des Anges, Qui çà, qui là, portant toujours leurs pas

En lieux cachés ; chofes qui bien qu'étranges Pour Alibech avoient quelques appas.

Mon dieu, dit-elle, il me prend une envie D'aller mener une femblable vie.

Alibech donc s’en va fans diré adieu :

Mere , ni fœur, nourrice, ni compagné

N'eft avertie. Alibech en campagne

Marche toujours , n’arrête en pas un lieu.

Tant court enfin qu’elle éntre en un bois fombré: Et dans ce bois elle trouve un vieillard ; Homme poffble autrefois plus gaillard ,

Mais n'étant lors qu’un fquelette & qu'une ombre, Pere, dit-elle , un mouvement m'a pris : C'eft d’être fainte & mériter pour prix, Qu'on me révére & qu’on chomme ma fête,

O quel plaïfir j'aurois , fi tous les ans,

La palme en main, les rayons fur la tête, Je recevois des fleurs & des préfens!

Page 1