‹ Contes et nouvelles en vers (volume 3)Chapitre 47 sur 84 · LA JUMENT · texte numérisé non relu

LA JUMENT

Il fréquentoit chez le compere Pierre,

Bon villageois , à qui pour toute terre , Pour tout domaine , & pour tous revenus ; Dieu ne donna que fes deux bras tous nus, Et fon louchet , dont pour tout uftenfille, Pierre faifoit fubfifter fa famille.

Il avoit femme & belle & jeune encor, Ferme fur-tout : le hâle avoit fait tort

À fon vifage, & non à fa perfonne.

Nous autres gens, peut-être aurions voulu Du délicat : ce ruftiq ne m’eût plû ;

Pour des curés la pâte en étoit bonne ,

Et convenoit à femblables amours.

Meffire Jean la regardoit toujours

Du coin de l'œil, toujours tournoit la tête De fon côté, comme un chien qui fait fête Aux os qu'il voit n’être par trop chétifs :

Que s'il en voit un de belle apparence, Non décharné , plein encor de fubftance , Il tient deflus fes regards attentifs ;

Il s'inquiéte , il trépigne , il remue

Oreille & queue ; il a toujours la vue Deflus cet os, & le ronge des yeux, Vingt fois devant que fon palais s’en fente, Meflire Jean tout ainfi fe tourmente

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