DU COMPERE PIERRE
À cet objet pour lui délicieux. .
La villageoife étoit fort innocente,
Et n’entendoit aux façons du pafteur Myftère aucun : ni fon regard flatteur, Ni fes préfens ne touchoient Magdeleine:
Bouquets de thim, & pots de marjolaine Tomboient à terre : avoir cent menus foins, C’étoit parler bas-breton tout au moins.
Il s’avifa d’un plaïfant ftratagême.
Pierre étoit lourd, fans efprit : je crois bien Qu'il ne fe fût précipité lui-même;
Mais par de-là de lui demander rien, C’étoit abus & très-grande fottife.
L'autre lui dit : Compere mon ami,
Te voilà pauvre, & n'ayant à demi
Ce qu'il te faut : fi je t’apprens la guife
Et le moyen d’être un jour plus content Qu'un petit roi, fans te tourmenter tant, Que me veux-tu donner pour mes étrennes ?
Pierre repond : Parbieu, Meflire Jean,
Je fuis à vous : difpofez de mes peines ; Car vous fçavez que c’eft tout mon vaillant, Notre cochon ne nous faudra pourtant :
Il a mangé plus de fon, par mon ame, Qu'il n’en tiendroit trois fois dans ce tonneau ;