‹ Contes et nouvelles en vers (volume 4)Chapitre 23 sur 73 · EE LEURS · texte numérisé non relu

EE LEURS

LES REMOIS.

17 n'eft Cité que je préfere à Rheims:

C’eft l’ornement & l'honneur de la France:

Car fans conter l’Ampoule & les bons vins , Charmans objets y font en abondance.

Par ce point-là je n’entends quant à moi Tours ni porteaux; mais gentilles Galoifes; Ayant trouvé telle de nos Rémoifes Friande aflez pour la bouche d’un Roi, Une avoit pris un Peintre en mariage,

Homme eftimé dans fa profeffion : ï

LES REMOIS #3

Îl en vivoit: que faut-il davantage?

C’étoit aflez pour fa condition.

Chacun trouvoit fa femme fort heureufe.

Le drôle étoit, grace à certain talent, Très-bon Epoux, encor meillehr Galant, De fon travail mainte Dame amoureufe L’alloit trouver; & le tout à deux fins:

C’étoit le bruit, à ce que dit l’Hiftoire:

Moi qui ne fuis en cela des plus fins,

Je m’en rapporte à ce qu’il en faut croire.

Dès que le Sire avoit Donzelle en main, Il en rioit avecque fon Epoufe.

Les droits d’hymen allant toûjours leur train, Befoin n’étoit qu’elle fit la jaloufe.

Miëème elle eût pù le payer de fes tours; Et comme lui voyager en Amours ;

Sauf d’en ufer avec plus de prudence,

Ne lui faifant la même confidence.

Entre les gens qu’elle fçût attirer,

Deux fiens voifins fe laifferent leurrer

A l'entretien libre & gai de la Dame;

Car c’étoit bien la plus trompeufe femme Qu’en ce point-là l’on eût {çû rencontrer; Sage fur tout; mais aimant fort à rire.

Elle ne manque incontinent de dire

À fon mari l’amour des deux Bourgeois, Tous deux gens fots, tous deux gens à fornettes. Lui raconta mot pour mot leurs fleurettes, Pleurs & foûpirs, gemiflemens Gaulois.

Is

&. LES REMOES Ils avoient 1û, ou plûtôt ouï dire,

Que d'ordinaire en amour on foûpire.

Il tâchoient donc d’en faire leur devoir, Que bien, que mal, & felon leur pouvoir, À frais communs fe conduifoit l'affaire.

Ils ne devoient nulle chofe fe taire.

Le premier d’eux qu’on favoriferoit

De fon bonheur part à l’autre feroit,

Femmes voilà fouvent comme on vous traite, Le feul plaifir eft ce que l’on fouhaite.

Amour eft mort: le pauvre compagnon

Fut enterré fur les bords du Lignon.

Nous n’en avons ici ni vent ni voye,

Vous y fervez de Jouët & de proye

À jeunes gens indifcrets, fcelerats:

C’eft bien raifon qu’au double on le leur rende:

Le beau premier qui fera dans vos lacs, Plumez le moi, je vous le recommande.

La Dame donc pour tromper fes voifins Leur dit un jour: vous boirez de nos vins Ce foir chez nous. Mon mari s’en va faire Un tour aux champs; & le bon de l’affaire C’eft qu’il ne doit au gite revenir.

Nous nous pourrons à l’aife entretenir.

Bon, dirent-ils, nous viendrons fur la brune. Or les voilà compagnons de fortune.

La nuit venué, ils vont au rendez-vous.

Eux introduits, croyant Ville gagnée, Un bruit furvint; la fête fut troublée.

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