‹ Contes et nouvelles en vers (volume 4)Chapitre 38 sur 73 · DACID MENT · texte numérisé non relu

DACID MENT

Je fuis à vous; difpofez de mes peines ;

Car vous fçavez que c’eft tout mon vaillant.

Nôtre cochon ne nous faudra pourtant :

Il a mangé plus de fon, par mon ame,

Qu'il n’en tiendroit trois fois dans Ce tonneau ,

Et d’abondant la vache à nôtre femme

Nous a promis qu’elle feroit un veau :

Prenez letout. Je ne veux nul falaire,

Dit le Pafteur; obliger mon compere

Ce neft aflez, je te dirai comment.

Mon deffein eft de rendre Magdelaine

Jument le jour, par art d’enchantement,

Lui redonnant fur le foir forme humaine.

Très-grand profit pourra certainement

T'en revenir; car ton Aneé eft fi lent,

Que du marché l’heure eft prefque pañlée

Quand il arrive; aïinfi tu ne vends pas,

Comme tu veux, tes herbes, ta denrée,

T'es choux, tes aulx, enfin tout ton tracas.

Ta femme étant jument forte & membruë,

Fra plus vîte; & fi-tôt que chez toi

Elle fera du logis révenuë,

Sans pain ni foupe, un peu d’herbe menuë

Lui fuffira. Pierre dit; fur ma foi,

Meffire Jean, vous êtes un fage homme.

Voyez que c’eft d’avoir étudié!

Vend-on cela? fi j’avois grofle fomme

Je vous l’aurois parbleu bien-tôt payé.

Jean pourfuivit, orça je t’aprendrai

Les mots, la guife, & toute la maniére, :

ar

Par où jument bien faite & pouliniére

Auras de jour, belle femme de nuit.

Corps, tête, jambe, & tout ce qui s’enfuit Lui reviendra; tu n’as qu’à me voir faire.

Tai-toi fur tout; car un mot feulement Nous gâteroit tout nôtre enchantement.

Nous ne pourrions revenir au myflére,

De nôtre vie; encore un coup motus, Bouche coufuë, ouvre les yeux fans plus:

T'oi même après pratiqueras la chofe.

Pierre promet de fe taire, & Jean dit:

Sus, Magdelaine, il fe faut, & pour caufe, Dépouiller nuë & quitter cet habit:

Dégrafez-moi cet atour des Dimanches;

Fort bien: Ôtez ce corfet & ces manches; Encore mieux: défaites ce jupon ;

Très-bien cela. Quand vint à la chemif®,

La pauvre Epoufe eut en quelque façon

De la pudeur. Etre nuë ainfi mife

Aux yeux des gens! Magdeleine aimoït mieux Demeurer femme, & juroit fes grands Dieux De ne foufrir une telle vergogne.

Pierre lui dit: voilà grande befogne!

Et bien, tous deux nous fçaurons comme quoi Vous êtes faite; eft-ce par vôtre foi

Dequoi tant craindre ? Et là là, Magdeleine, Vous n’avez pas toûjours eu tant de peine

À tout ôter: commént donc faites-vous Quand vous cherchez vos puces? dites-nous.

Meflire Jean eft-ce quelqu’un d’étrange?

Que

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