LES CORDELIERS
Dont il avint que le Couvent, Las enfin d’un tel ordinaire, Après avoir à cette affaire Vaqué cinq ou fix mois entiers, Eût fait crédit bien volontiers:
Mais les Donzelles fcrupuleufes ; De s’acquiter étoient foigneufes, Croyant faillir en retenant,
Un bien à l’Ordre appartenant.
Point de dîmes accumulées :
Il s’en trouva de fi zélées,
Que par avancé elles payoïient.
Les beaux Peres n’expédioient Que les fringuantes & les belles, Enjoignant aux fempiternelles De porter en bas leur tribut :
Car dans ces dimes de rebut Les Lais trouvoient encor à frire:
Bref à peine il fe pourroit dire.
Avec combien de charité
Le tout étoit éxecuté.
Il avint qu’une de la bande, Qui vouloit porter fon offrande, Un beau foir, en chemin faifant, Et fon mari la conduifant, Lui dit: Mon Dieu, jai quelque affaire Là dedans avec certain Frere ; Ce fera fait dans un moment.
L’Epoux répondit brufquement,
Quoi ?
Quoy? quelle affaire? êtes-vous folle?
{left minuit fur ma parole:
Demain vous direz vos péchez, T'ous les bons Peres font couchez.
Cela n'importe, dit la femme.
Er par Dieu fi, dit-il, Madame,
Je tiens qu’il importe beaucoup, Vous ne bougerez pour ce coup.
Qu’avez-vous fait, & quelle offence Prefle ainfi vôtre confcience?
Demain matin j’en fuis d’accord.
Ah! Monfieur, vous me faites tort, Reprit-elle, ce qui me prefle,
Ce n’eft pas d’aller à confeffe,
C’eft de payer ; car fi j’attens,
Je ne le pourrai de long-temps;
Le Frere aura d’autres affaires.
Quoi payer ? la dîme anx bons Peres.
Quelle dîme? fçavez-vous pas?
Moi je le fçai! c’eft un grand cas Que toûjours femme aux Moines donne: Mais cette dîme, ou cette aumône, La fçaurai-je point à la fin?
Voyez, dit-elle, qu’il eft fin, N'entendez-vous pas ce langage à C’eft des œuvres de, mariage.
Quelles œuvres, reprit l’Epoux ?
Et-là, Monfieur, c’eft ce que nous...
Mais j’aurois payé depuis l’heure.
Vous êtes caufe qu’en demeure
Je