SANS LE SAVOIR
Oyez lerefte: il m'a fait dire auffi
Qu'il fait fort bien qu'aujourd'hui pour affaire
Mon mari couche à fa maifon des champs;
Qu'incontinent qu'il croira que mes gens
Seront couchés & dans leur premier fomme,
Il fe rendra devers mon cabinet.
Qu'efpère-t-il? pour qui me prend cet homme?
Un rendez-vous! eit-il fol en effet?
Sans que je crains de commettre Géronte,
Je poferois tantôt un fi bon guet,
Qu'il feroit pris ainfi qu'au trébuchet,
Ou s'enfuiroit avec fa courte honte.
Ces mots finis, madame Aminte fort.
Une heure après, Gléon vint. Et d'abord On lui jeta les joyaux & la boîte:
On l'auroit pris à la gorge au befoin. Eh bien! cela vous femble-t-il honnête?
Mais ce n'eft rien, vous allez bien plus loin. Alis dit lors, mot pour mot, ce qu'Aminte Venoit de dire en fa dernière plainte.
Cléon fe tint pour dûment averti.
J'aimois, dit-il, il eft vrai, cette belle; Mais, puifqu'il faut ne rien efpérer d'elle, Je me retire, & prendrai ce parti.
Vous ferez bien ; c'eft celui qu'il faut prendre, Lui dit Alis. Il ne le prit pourtant.
Trop bien, minuit à grand'peine fonnant, Le compagnon fans faute fe va rendre Devers l'endroit qu'Aminte avoit marqué.
Le rendez-vous étoit bien expliqué; Ne doutez pas qu'il n'y fût fans elcorte. La jeune Aminte attendoit à la porte: