LETTRE VIII
CHARLOTTE A ROSETTE
Continuation de la précédente.
Je n'ai pas besoin, mon amie , de te peindre les sensations que le discours de mon père , et le noble repentir de mon frère , produisirent en moi. Ce bon père le releva et le serra dans ses bras. Après que tous deux se furent remis de cette terrible secousse, mon père lui dit : a L'orgueil , mon fils , que j'ai si sçuvent tâché de réprimer en toi , a été rabaissé par celui d'un autre. J'espère que cette amère leçon ne sera pas perdue pour toi. » Et alors il lui fit part de ses projets. Adolphe l'écouta avec une grande attention et un plaisir visible. Tout à coup il l'interrompit par un profond soupir. « Tout cela est bien , tout cela est très beau ; mais Hartwig »
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a Celui-ci ne doit pas t'inquiéter, reprit mon père. Les lois de notre pays défendent aux tuteurs de marier leurs enfants à leurs pu* pilles, avant que ceux-ci aient atteint leur majorité. Hartwig compte à peine vingt-trois ans , et il peut arriver bien des choses dans l'espace de deux années. » « Cela est-il bien vrai? s'écria Adolphe; en ce cas, je n'ai plus rien à désirer.
— Est-ce que ton père t'a jamais trompé ? Pour te faire rougir de ta méfiance, je vais te faire lire la loi.
«*- Non, non, 6 le meilleur des pères! pardonnez -moi ce moment de doute. Le malheureux qui souffre à tant de peine à croire une bonne nouvelle! Allons, je vaia partir. Je partirai nprès~demain , demain , aujourd'hui. » Enfin , le départ d'Adolphe fut fixé de lundi en huit , jour du passage de la voiture de poste par notre village. En ce moment, tout le monde est occupé de son trousseau. Notre bon pêne lui remettra en partant deux cents florins , et le pasteur es* père lui faire obtenir la pension gratuite par le moyen de son cousin. Dès le lever du soleil , mon frère est en mouvement : tel qu'un ar-
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dent chasseur, il monte et descend les degrés de l'escalier, et Sa chambre a tout-à-fiût l'air d'une friperie. Il n'y a qu'une chose , ma. bonne amie , qui tourmente ce pauvre pèle* rin ; c'est de ne plus pouvoir te voir ni t embrasser avant son départ. Mais le voici luimême qui m'arrache la plume de la main.
Oui , ma bien-aimée , cela me tourmente , et toi aussi , j'en suis sûr. Je pars pour revenir avant deux ans , comme ton fiancé , ou pour mourir, en prononçant ton nom, sous un ciel étranger. Je ne te rappelle pas nos serments» Des liens sacrés et étemels unissent ilos cœurs ; avant de les séparer , il faudrait qu'un Dieu les anéantit. Ce sentiment vainqueur me donne assez de force pour sacrifier notre correspondance à ton repos et à ta délicatesse., Cependant tu seras instruite de toutes les particularités de ma destinée. Notre bonne sœur se chargera de ce soin. J'espère que mon éloignement te réconciliera avec ton père sans favoriser toutefois son Hartwig, Le favoriser.... Oh! qu'ai-je écrit là! Pardonne, pardonne moi , mon excellente amie I j'en rougis de honte , et cependant j'aime mieux laisser suhsister ce passage , que de le rayer. Je ne ca-
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cherai aucun de mes défauts, aucun des mou*x vements de mon ame, à la future compagne de ma vie.
Adieu , ma Rosette ! reçois le plus brûlant baiser d'adieu de ton amant, et donne hii ta bénédiction.