‹ Contes et nouvellesChapitre 17 sur 80 · LETTRE XIII · texte numérisé non relu

LETTRE XIII

àdoI!>hï à son père obwald.

Rassembles , mon père , tout votre courage, toute votre religion, pour entendre le récit d'un événement qui ruine tous vos plans et toutes les espérances de votre Adolphe. Je suis la victime de la plus infâme trahison * Vous savez qu'en partant de Mayenthal , j'é* tais dans la voiture de poste : au premier re-> lais, il y entra un recruteur prussien en habit bourgeois ; et dans un cabaret isolé, non loin de Wildheim , village où il trouva encore trois de ses complices, je fus enrôlé de force, sous le prétexte que j'étais un homme suspect de vagabondage , parce que je n'avais point de passe-port. Dispensez-moi, mon père,

ADOLPHE ET ROSKTTE. 4$

de vous faire un récit détaillé des humilia* lions et des chagrins que j'ai éprouvés. J'ai passé quatre semaines parmi les recrues; j'ai fait tous mes efforts pour abréger le noviciat de mon esclavage. Je me suis exercé du matin au soir , et suis enfin parvenu à égaler mes maîtres. Il y a huit jours que j'ai rejoint ici le régiment de St*\ Je ne souffre aucune privation; si cela était , je le sentirais à peine. Mon argent est entre les mains de mon capitaine , qui le garde en dépôt , afin de s'assu* rer de moi ; cependant il m'en donne , à ma demande, des à-copipte de quelques gros, et jusqu'à un florin. Je suis encore heureux que ma malle ait été expédiée par une voiture de roulage ; sans cela , elle eut été la proie de mes yoleuns. Il est évident, mon cher père, que le plan diabolique de mon enlèvement avait été conçu avant jnon départ, Ce nç sera pas aux lois , mais à la conscience à en punir l'auteur; il n'est pas difficile, du moins pour moi , de le deviner. J'ai fait ici connnaiesancQ avec un jeune homme qui, en peu de jours* est devenu mon ami* Il vient de perdre *ft place d@ contrôleur des grains par la mort du seigneur auprès duquel il était employé , et it

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est résolu d'aller chercher fortune à Tétran* ger. Il se nomme Erdmann. Je lui ai conseillé de diriger sa route par nos contrées, et il m'a promis de passer par Mayenthal. C'est chez lui que j'écris cette lettre ; vous la recevrez de ses mains : je préfère cette voie pour vous donner de mes nouvelles, quoiqu'elle soit plus lente, parce qu'il est défendu aux soldats d'écrire par la posté autrement que par lettres non cachetées» Cet estimable jeune homme vous donnera d'autres détails plus circonstan* cies sur mon sort : quand même j'en aurais le temps , je n'aurais pas le courage de le faire moi-même. Comme Rosette ne pourra pas ignorer long-temps mon désastre, je conjure Charlotte de l'en instruire avec tous les ménagements possibles : lui dévoiler tout, serait lui donner la mort. N'oublie pas de lui dire, ma chère sœur , que , malgré mon état d'esclave , je ne manque jamais de regarder le soleil à l'heure de midi; et que je puiserais l'existence dans cette source , si la soif de la vie n'était pas éteinte dans mon ame. On parle d'une guerre prochaine. Je ne chercherai pas la mort, mais je la fuirai encore moins. Votre image , ô le meilleur des pères ! et vos sages

préceptes , m'accompagneront sur le champ de bataille , et je serai digne de vous comme soldat , ainsi que je l'eusse été comme étudiant. Mon nouveau maître, le tambour, m'appelle ; adieu , mes cbers parents , qui me serez éternellement chers , plaignez , aimez , bénissez votre malheureux fils,

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