LETTRE XVI
ROSETTE A CHARLOTTE
Je viens * ma Ctharlotte , de perdre six semaines de mon existence) sans savoir ce qu'elles sottt devenues. A peine avais-je achevé la lecture de ta lettre et de cette qui y était renfermée* • que j'ai éprouvé frissons sur frissons ; aies jambes sortirent de leurs articulations g à peine ainjé pu atteindre mon Ut» qui cependant «'état pas a quatre pas de HloU Je tombai desaub en. tfanners, efc pour ainsi dir^ , piivée de sentiment* Je ne pouvais ni (soupirer., ni pleurer ; je ne pouvais que trembler. Mes y#*x n'étaient point fermes, e.t<je ne pouvais rien voir; je n'étais pas en*
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tlormie , et pourtant je ne pouvais rien entendre» Oh ! ma sœur , tu ne sais pas tout , ou bien, par pitié pour moi, tu n'as pas voulu m'instruire de tout ce que la nouvelle du triste sort d'Adolphe doit avoir d'affreux pour moi. J'étais étendue comme un criminel sur la roue, qui, les membres déjà rompus , attend le coup de grâce de la commisération de son bourreau. Je ne sais combien de temps a duré mon anéantissement. Lorsque je revins à moi, je sentis mon visage inondé des larmes de Lisette , qui, pâle comme la mort , était couchée sur moi. Elle avait caché dans son sein les lettres qu'elle avait trouvées à côté de moi sur le lit , et ne cessait de m'appeler par mon nom avec l'accent de la plus profonde douleur» Enfin, je pus lui donner un signe de vie. Ma première pensée Vêtait pas pour Adolphe 9 pas pour toi , mon amie , mais pour mon père. L'idée qu'il pourrait monter che? moi, et y trouver ces affreux documents, me saisit comme un coup de foudre,. Je me ressouvins que je les tenais dans la main lorsque mes sens m'abandonnèrent , et je, tâtonnai^ autour de jnoi pour les saisir. Lisette devina mon intention. Les voilà, me dit cette bonne
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fille ; je les ai cachées , de peur.... Dès ce moment je pus parler. D'une voix éteinte et craintive, je priai Lisette de prendre dans mon armoire mon portefeuille qui ferme à clef. J'y serrai les lettres et lui dis : Juré-moi , mon amie, d'accomplir ma dernière volonté. Elle me tendit la main en pleurant. Porte , de* que tu le pourras , ce portefeuille à ta mère, et conjure-la , par la tombe où je vais bientôt descendre , de le remettre , après ma mort , à ma Charlotte. Elle vous récompensera tous de ce service ; pour moi, je ne le puis. Lisette me promit tout , et dès ce moment je fus plus tranquille.
Mon père , qui attribua peut-être mon état au chagrin qu'il m'avait causé la veille, ne parut pas d'abord faire une grande attention à ma maladie ; il vint me voir 9 parla peu , et de choses dont je ne me souviens plus ; et ce n'est que le troisième jour après que j'eus entièrement perdu connaissance qu'il Rt appeler le médecin. Je fus pendant trois semaines entre la vie et la mort ; je ne pus savoir que par Lisette, qui n'avait quitté ni le jour ni la nuit le chevet de mon lit , ce qui m'était arrivé pendant ce temps-là. Le médecin m'avait
condamnée , et dès ce moment mon père redevint père à mon égard. Sapvez mon enfant, mon unique enfant, lui dit-il; la moitié de ma fortune sera votre récompense. L'on m'appliqua des vésicatoires ; les douleurs du premier pansement me réveillèrent un moment ' du sommeil de la mort. J'aperçus le médecin qui portait une redingote bleue. Ah ! m'écriai-je , le recruteur ! le recruteur !... qu'il s'éloigne, qu'il s'éloigne !... et je perdis de nouveau connaissance. Mon père ne put supporter cette scène. Il se précipita hors de ma chambre comme s'il était, poursuivi p^r un assassin, et depuis ce moment il. n'accompagna plus le médecin que jusqu'à ma porte. Enfin ma jeunesse l'emporta; ma convalescence fut cependant si lente , et je suis encore si faible, qu'il m'a fallu cinq jours pour écrire d'une main tremblante le peu de lignes que je t'adresse. Je ne sais si je dois me réjouir de ma guérison ; cependant la vie est un bienfait de Dieu ; si elle doit être pour moi un fardeau , il m'aidera à le supporter.
Adieu, sœur de mon cœur; embrasse tes chers parents pour moi. Lisette m'a rendu compte de la tendre et craintive sollicitude
avec laquelle ils ont journellement fait demander de mes nouvelles auprès de sa mère. Si j'étais morte, ma première intercession devant le trône du Dieu de miséricorde eût été pour euXi