‹ Contes et nouvellesChapitre 22 sur 80 · LETTRE XVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XVIII

CHARLOTTE A ROSETTE

J'ai arrosé, ma chère sœur , des larmes de la félicité , les preuves de ton retour à la vie. Que n'avons-nous pas souffert , et surtout moi , qui me croyais la cause de ta maladie qui s'était déclarée. pendant que tu lisais ma lettre ! Que d'éternelles actions de grâce soient rendues au Tout-Puissant, qui a fermé la tombe soiis tes pas! Lorsqu'il en sera temps, il guérira aus^i la blessure de ton cœur. Surtout ménage -tof bien, ma fidèle amie, et, aussi long-temps qu'il t'en coûtera quelque chose pour écrire , ne me fais donner que verbalement de tes nouvelles. Je t'envoie ci-joint une recette, qui, je l'espère, te fera recouvrer tes forces bien plus tôt que les ordonnances de ton médecin. C'est une lettre de notre cher Adolphe , pour lé reiivoi de laquelle je n'ai pas besoin de te recommander

les précautions. Elle nous a fait autant de plaisir que la tienne. Tout est gagné, puisque mon frère commence à s'accommoder de sa situation. Qui sait si ce détour , parsemé de ronces, n'est pas la route désignée par le ciel pour vous réunir un jour ? Je t'avoue sans rougir, ma chère, qu'Erdmann, l'ami d'Adolphe, est devenu pour moi ce que celuici est pour toi. Il ne s'était proposé de rester avec nous que peu de jours ; mais nos chagrins sur le sort de mon frère ayant augmenté les infirmités dont mon père se ressent ordinairement à l'approche de la rigoureuse saison , cet estimable jeune homme s'est offert à le remplacer dans ses fonctions de l'instruction publique. Il a foit ses preuves devant notre pasteur , et en a obtenu , avec son approbation , l'autorisation nécessaire, Il est donc notre commensal depuis trois mois , et il me fit, la semaine dernière, la déclaration de ses sentiments, d'une manière si loyale, si franche et si modeste, que je ne pus lui cacher l'impression que ses qualités simples et douces avaient faite sur mon aine. Je le renvoyai à mes parents. Il leur p^rla.hier ; et s'il parvenait à obtenir un état dans nos con-

trées, ils consentiraient avec plaisir à cou~ ronner notre amour. Erdmann est le fils d'un employé du duché de Bareith ; il perdit de très bonne heure ses parents , qui lui laissèrent de quoi satisfaire son goût pour l'étude de l'économie rurale. Après son retour de l'Université , il administra les possessions d'un seigneur dont la mort vient de le laisser sans emploi. Outre les talents de son état, Erdmann possède beaucoup d'autres connaissances précieuses, et son goût pour le beau et l'utile est si pur, si délicat, que nos soirées d'hiver nous paraissent aussi courtes dans sa société , que du temps où Adolphe hctis faisait ia lecture des chefs-d'œuvre de la science et de l'esprit , que nous écoutions avec tant de plaisir, assises à coté de notre mère, et occupées de nos rouets. Que ne m'est-il permis de présenter mon amant à la sœur tle mon cœur , de lui demander son amitié pour lui ! Mais ce jour kura*aussi; mon Cœur m'en donne tout haut l'assurance; alors je me dédommagerai sur le sein de ma Rosette, en lui payant les arrérages desembrassements dont je suis, depuis si long-temps, forcée-de la sevrer. ' *

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