LETTRE XIX
ROSETTE A. CHARLOTTE
Il est bien vrai, mon amie , qye ta lettre a verse sur mon eerur un baume salutaire* Elle m'est arrivée fort à propos; ear il y avait deux heures que mou père m'avait amené son Hartwig dans ma chambre. Depuis ma maladie , il ne m'en avait pas dit un mot. Sa vue me saisit tellement , que je ne pus répondre que par un signe de tète et en treqnMaiit, aux félicitations qu'il m'adressait sur ma conva* Lescence. Tu peux donc juger , pion amie , si notre conversation était bien animée. J'ai cependant réparé ma foute à son départ; car alors je pua articuler distinctement mes remerctments. Lorsqu'il fut parti , mon père se plaça devant moi et me dit : Il faut maintenant que tu récompenses ta garde*ma)ade ; voici de l'argent.. À ces mots, il me mit ma bourse dans la main. Cette vue me rappela une des scènes les plus cruelles de ma vie: Je laissai tomber la bourse, et n'eus pas > la force de la ramasser. Mon père le fit pour moi , et la jeta à coté de moi sur la table, pendant
que je faisais tous mes efforts pour lui exprimer ma reconnaissance. Il dut lire mon embarras sur tous les traits de mon visage , et cela dut également réveiller en lui un souvenir qui ,ne pouvait lui être agréable. Il me quitta brusquement en me disant : «Sois tranquille, tout est oublié* » Quelques instants après, j'ouvris la bourse ; elle contenait quatre carolins. Ce présent me fit beaucoup de plaisir par rapport à Lisette et à sa bonne mère. Je venais d'en. séparer une partie que je lui destinais r lorsque cette bonne fille entra pour me remettre, ton message. Ce message me rendit la vie; mais 9 pardonne-inoi , Charlotte , j'ai u la lettre d'Adolphe avant la. tienne» Je me trouve infiniment soulagée de voir qu'H supporte son. malheur avec tant de fermeté; mais, sa lettre ne saurait, malheureusement , guérir la plus profonde blessure de mon cœur; mon père seul le pourrait. Dieu ! s'il voulait r seulement pour un instént, ressembler au tien ! heureuse amie , ton amour n'a pas trouvé en lui un persécuteur , mais *mange protecteur et un guide; Que^ je serais heureuse depouvoir me jeter dans tes bras,, et bénir tôt*' amour ! Complimente de ma part ton ErcU
ADOLPHE ET ROSETTE. 6l
tnann , et si tu écris a. Adolphe , dis-lui aussi quelque chose pour 1&0». Comme tu aimes maintenant toi-même , ma Charlotte , tu peux , mieux que jamais, être auprès de lui (Interprète de mes sentiments.