‹ Contes et nouvellesChapitre 25 sur 80 · OSWALD A ADOLPHE · texte numérisé non relu

OSWALD A ADOLPHE

Un fils , fut-il le plus tendre des fils , mon cher Adolphe, s'il n'est point père lui-même, ne saurait 9e faire une idée des jouissances d'un cœur paternel. Le ravissement de deux amants qui sont tout l'un pour l'autre est extrême ; mais celui de bons parents , qui voient leur fils unique parcourir le chemin de l'honneur et de la vertu , est encore bien au-dessus. Oui, mon brave Adolphe, quand j'essayerais de te peindre les transports de notre joie sur ton avancement, et sur ce qui te l'a procuré, tu ne pourrais encore t'en fiiire une idée. Je pense avec toi que ta vocation est maintenant bien décidée* Je ne t'avais pas élevé pour l'état militaire; mais le maître des destinées a choisi. J'ai souvent craint, en voyant l'essor de ton esprit, que la sphère d'activité pour laquelle je te destinais ne fût trop bornée. Te voilà sans entra** ves ; les barrières qui t'arrêtaient sont rompues , et tu peux poursuivre sans obstacles ta marche courageuse. Ne précipite cepen-

dant rien , ne heurte personne de front, et ne te laisse pas égarer par l'orgueil , en croyant obéir il l'honneur. Demain ta Rosette lira ta lettre. La pauvre enfant était bien près de la tombe ; la nouvelle de ton enlèvement lVvait anéantie. Nous avons pu juger sur quelques mots qui lui sont échappés, qu'elle croit, comme nous, que son père est l'auteur de cette trahison. Depuis quelque temps on la laisse en repos au sujet de Hartwig. Tu vois 7 mon cher fils , que dans nos contrées l'aurore du bonheur se lève aussi pour toi. Quand tu seras une fois officier, l'orgueilleux Reinhard en rabattra. Au surplus, mon cher Adolphe , ta sœur est à peu près fiancée. Si tu avais reçu ma réponse à ta dernière, tu pourrais deviner le nom de ton futur beaufrère. Je laisse à Charlotte le soin de te le nommer. Elle ne veut pas renoncer à ce plaisir, puisque c'est de ta main qu'elle a reçu son amant. J'ai fait une tentative auprès du Consistoire, pour le faire nommer mon ad* joint. Comme à présent , cher Adolphe , tu ne vaudrais plus rien pour être instituteur , je pense que tu n'auras rien à objecter à ce que je te cherche un successeur, d'autant

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plus que cette place restera dans la famille.... J'espère réussir à - faire appuyer ma demande par M. de Wertlieim , qui est attendu la semaine prochaine au château , et qui , avant qu'il eût fixé sa résidence en Saxe, avait toujours eu beaucoup de bontés pour moi. Il est vrai qu'il n'est ici que co-seigneur , mais sa recommandation sera toujours d'un grand poids.

Adieu, mon cher, mon bon fils. Comme tu jouis maintenant de plus de liberté , j'espère que tu nous écriras plus souvent. N'y manque pas !

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