LETTRE XXV
Continuation de la précédente.
Quelle jouissance, mon amie, que celle de faire des heureux ! J'envierais cette céleste prérogative à la famille de Wertheim, si elle n'en faisait pas un si noble usage. Il y a quelques jours que nous allâmes, ma mère et moi, lui faire nos remercîments. La baronne et sa fille , qui est une demoiselle très aimable , nous eptretijirent avec tant d'intérêt de nos affaires, témoignèrent tant de plaisir de pouvoir me regarder comme habitante du .château, et nous firent examiner avec une corn*
plaisance si engageante mon futur logement* que je leur souhaiterais des principautés, afin de multiplier les occasions d'exercer leur bienfaisance. Je fis part de ce souhait à mon Erd* manu. «Qui sait, me répondit-il , si leur bonté né dégénérerait pas alors en cette nonchalante habitude d'obliger où le cœur n'est pour rien, et qui n'est plus récompensée par cette sublimé délicatesse qui ne peut découler que d'une source très pure?» Il pourrait avoir raison : il me semble cependant qu'une ame vraiment élevée ne saurait tomber dans cette apathie, et qu'elle pourrait la prévenir en donnant plus d'aliment et de variété à sa bienfaisance. Dans tous les cas , ses bienfaits seraient toujours des bienfaits pour ceux qui en seraient devenus l'objet.
Nous en devons un nouveau à la .générosité du baron , et qui devient important pour l'arrangement de notre ménage. La femme de l'intendant, que tu connais, nous céderait volontiers une partie de son mobilier, afin de diminuer les embarras de son déménagement. Il en fut question au château. Mon amant se montra disposé à accepter cette proposition , mais il témoigna en même temps son embar-
ras au sujet <éu payement. Il possède bien encore un peut capital , mais il est entre les mains d'un estimable pareil* auquel il ne Tondrait pas le retirer. « N'est-ce que cela ? reprit le baron ; voms dites que la dette que vous contracteriez pour cet objet envers l'intendant s'élèverait à trois ceints florins ; je les avancerai , et vous m'en bonifierez tous les ans sur vos appointements ce dont vous pourrez vous passer sans vous gêner. » O l'excellent homme ! nous voilà donc aussi tranquillisés sur ce point, et Ërdmann occupera son charmant logement dès la semaine prochaine. Que ta Charlotte est heureuse de l'espoir de couler ses jours à coté d'un estimable époux , non loin de ses bons parents , et sans contrainte dans la société de ses bienfaiteurs ! Et toi, ma meilleure amie , ne seras-tu pas un jour tout aussi heureuse ? Ma Rosette vaut mieux que moi ; son sort ne peut être moins heureux que le mien. La célébration de notre mariage est fixée au quinze du mois prochain. Tu sais que c'est le jour de naissance de mon bon père. Le baron veut nous donner un petit dîner , et il dit que ce sera au nom de son fils ; et toi , ma sœur , tu y assisteras. Ne
t'effraye pas de mon projet , et ne sois pas assez injuste pour le considérer comme une plaisanterie. Privée de ta présence, ma joie ne serait pas complète ; et M. de Dittmar , auquel j'ai fait part hier ée mon désir , se charge de le réaliser. Tu penses bien quïi nous a feHu l'instruire d'une partie de ton fektoire; mais je crois n'avoir pas besoin de t'âssurer que le cachet de l'amitié est resté intact. M. de Dittmar a la plus grande envie de connaître Adelphe , ainsi que ma Rosette. Quelques jours avant mes noces, il nous accompagnera k Friedtingue , pour appuyer notre invitation. La vanité de ton père ne pourra résister aux. instances d'un seigneur. Toi et la jeune baronne , vous devez être les compagnes de la mariée , et après une séparation de neuf mois, et au jour le plus solennel de ma vie , je jouirai du bonheur de presser sur mon cierer la. «œur de mon amé. Que pourrais-^© maintenant lui dire de plus qui fiât digne d'être lu par «lie ?
So ADOLPHE ET ROSETTE.