‹ Contes et nouvellesChapitre 30 sur 80 · LETTRE XXVI · texte numérisé non relu

LETTRE XXVI

ROSETTE A CHARLOTTE

Deux mots seulement, ma sœur. Voilà que depuis huit jours je suis de nouveau obligée de garder la chambre. Le frisson de la fièvre me reprit lorsque mon père m'annonça que Hartwig venait d'obtenir son émancipation , et allait sous peu se mettre à la tête de son auberge. Alors , ajouta-t-il , nous parlerons de son mariage. Malgré tous mes efforts, je fus obligée d'aller me coucher une heure après. J'imagine que mon père crut que ce n'était qu'une feinte, du moins sa physionomie exprima cette pensée. Contre son usage, il envoya de suite appeler le médecin, qui me trouva de la fièvre. J'eus encore deux accès, mais aujourd'hui je me trouve mieux, et j'espère.... oui, ma Charlotte, j'espère.... je tremble cependant autant d'appréhension que de joie , lorsque je pense au jour mémorable de notre réunion. Ton prochain mariage n'est pas un mystère ici ; Hartwig l'a annoncé à mon père en ma présence, et celui-ci, soit par finesse ou par ménage-

ADOLPHE ET ROSETTE. 8î

ment, ne m'a pas demandé si j'en étais instruite. Je n'ai pas dissimulé le plaisir que me causa cette nouvelle. Apparemment queHartwig voulait être galant, car il ajouta: «L'on dit que la fiancée est une demoiselle fort aimable. » Je répondis : « Personne ne connaît mieux que moi tout ce qu'elle vaut. Dieu la bénira. » Oui, mon amie, Dieu te bénira, et aussi long-temps que je te saurai heureuse, je ne serai pas tout-à-fait à plaindre.

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