DOROTHÉE A ROSETTE
Je crois, très honorée demoiselle Reinhard, que si je ne suis pas encore morte de chagrin , c'est uniquement pour prévenir votre perte. Ce> serait dommage , ce serait un crime qu'une si brave demoiselle , qui fpit tant de bien aux pauvre*, devînt h femme d'un scélérat tel
ADOLPHE ET feO&£T?£. tO^
*[ue Hartwig. C'est hier que j'ai appris que Ton devait, demain, publier vos bans avec lui ; et M. notre curé , sans le secours duquel je serais morte depuis long-temps, m'a conseillé de vous prévenir, pendant que , de son cote , il allait présenter ma plainte au Consistoire. Hartwig m'a séduite * pauvre orpheline que je suis ; il m'a bien juré cent fois qu'il m'épouserait; mais lorsque j'ai été grosse, et me suis refusée à commettre un bien plus grand péché encore , il s'est moqué de moi , et m'a abandonnée. C'est au tribunal de Dieu seul que je citerais cet abominable homme, si , dans deux mois, je ne devais pas devenir mère. Oh! chère demoiselle Reinhard, combien il m'en coûte d'écrire ce mot qu'il m'était si doux de prononcer lorsque j'avais en* core ma mère! Quoique séduite par Hartwig, je n'ai cependant pas désappris à rougir, le voudrais me cacher dans les entrailles de la terre, et me serais déjà détruite, si je ne craignais pas de commettre en même temps un infanticide. Montrez cette lettre à votre père; on dit qu'il veut vous forcer à ée mariage : mais quand il connaîtra son gendre futur , il ne voudra pas 'donner sa 'fille unique à un
scélérat que je ne voudrais pas épouser moimême pour tout l'or du monde , toute pauvre et misérable que je suis. Dieu sait que je n'en dis pas trop en le gratifiant de scélérat. Je tairai cependant au Consistoire le plus terrible de ses crimes; j'aime mieux pleurer ma faute toute ma vie, que de faire tomber la tête du père de mou enfant*
Adieu , ma chère demoiselle Reinhard . et ayez pitié de moi, si. vous me trouvez encore digne de votre pitié.
Dorothée S». ~
Veltheipa, ce 21 octobre.