‹ Contes et nouvellesChapitre 38 sur 80 · DON MELCHIOR DE SOUZA · texte numérisé non relu

DON MELCHIOR DE SOUZA

irOUVBLLC ESPAGNOLE.

jDgtt Melchior de Souza habitait l'antique château de ses ancêtres , situé sur une ooiline entourée de forêts, dans la Sierra-Leone. Il possédait tout ce qui pouvait donner à un gentilhomme campagnard le droit de figura* -dans un tournois ; de vieux parchemins et de vieilles dettes. Il prétendait descendre d'un des trois mages,, et le prouva par son nom de baptême , qui avait sussi été cefon de «dix de ses ancêtres, et encore par son nom de JamUle , emprunté du lieu de la résidence des anciens rois de Perse. Son aifare généalogique et ses archives ne remontaient malheureusement que jusqu'au temps du roi Pelage; dt, voulant il toute force compléter les preuves 4e son origine jusqu'à don If elchiftr h premier , c'est-à-dire jusqu'à l'an un de N. & Jésus^- -Christ, cette opération iatigaa tellement son esprit, qu'il put se comparer à l'ami de sa

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jeunesse, le héros de la Manche, après la lecture des livres de chevalerie* Ce qui cependant le chagrina davantage , c'était Fextinction de sa progéniture masculine, car il n'avait qu'une fille unique; et dona Ximena, sa légitime moitié, avait déjà, depuis long-temps fait reléguer au grenier le berceau et la roulette, comme étant des meubles désormais inutiles. C'était , au reste , une femme brave , aimable et sage , qui supportait avec résignation les caprices et les lubies de son seigneur et maître, et qui savait en dérober la connaissance au monde , c'estrà-dire à trois ou quatre voisins qui venaient lui rendre visite une ou deux fois par an. Sa fille Blanca était , sans le savoir, la plus belle personne qui eût jamais, depuis Melchior le premier, orné la galerie des portraits de sa famille. Un profil véritablement, romain , des cheveux châtain foncé, et de grands yeux noirs qui ne disaient encore rien , mais qui promettaient 4e dire un jour beaucoup. L'innocence brillait sur son front serein , et la santé sur ses joues satinées ; sa taille était svelte comme le jeune cèdre, et Ovide même, s'il l'eût rencontrée se promenant dans la petite forêt du

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château, l'eut prise pour une nymphe de Diane* Sa mère , autrefois l'Hélène de la contrée, portait tous ses soins à seconder en elle la nature , et à relever tous les charmes de sa fille par les grâces et les enchantements avec lesquels elle avait captivé autrefois le cœur de son époux. Blanca chantait d'une voix agréable une quinzaine de romances, et s'accompagnait de la guitare; elle lisait et écrivait couramment, et savait réciter son Ave et son Credo en langue latine. La mère .crut donc son éducation achevée ; elle sentait qu'elle ne pouvait plus rien lui apprendre, et elle pensa qu'elle n'avait plus besoin de rien savoir. Au fond, elle n'avait pas si grand tort : Blanca était un être charmant, qui ne desirait rien au-delà de ce qu'elle avait en partage , et qui passait des journées solitaires dans une sérénité sans mélange.

Elle venait d'atteindre sa quinzième année, lorsque dona El vira, sa tante, veuve d'un ancien général, vint visiter ses parents, et passer avec eux les dernières semaines de l'automne. Au premier abord, Blanca, qu'elle n'avait pas vue depuis sept ans , fixa ses regards, et, dès les premiers jours, gagna aussi

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son cœur : par ses manières obligeantes , se» caresses filiales, et les grâces naturelles dont ctte accompagnai! les soins qu'elle lui prodiguait , celte aimable fille sut tellement captiver la bienveillance de sa tante-, que celle-ci demanda à ses parents la permission de Paine* ner à Léon,, où était le siège de son douaire. Dona Xhnena, qui fendait le sort de sa fille sur le testament de cette sœur , pouvait d'au* tant moins se refuser à cette complaisance , qu'elle voyait très bien que le séjour de sa fille dans la capitale de la province bu offrirait bien des avantages qui ne se trouvent point à la campagne ; et don Meichior s'y laissa également décider ^ sur l'assurance que lui donna, sa belle-soeur que ce voyage ne lui coûterait pas un naaravedi&L Blanca, qui de sa vie n'était sortie de la banlieue du château de son père , et qui ne pouvait se Étire une idée d'une ville , fut transportée de joie de se trouver bientôt dans uamoodie tout nouveau pour elle , et comblait sa tante des plus tendres caresses.

Après un voyage de trois jours, elles arrivèrent a Léon r et dona Etviraeut soin avec une sollicitude vraiment maternelle de procu-

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ter à sa. nièce une société choisie, ainsi que toutes les. occasion* de développer ses bonnes dispositions.

Trois moi* venaient de s'écouler , lorsque la naissance d'un prince de la famille royale détermina le gouverneur à célébrer cet événement heureux, par tin combat de taureaux. Toute la noblesse du voisinage fut invitée à cette fête ; et comme la fille du gouverneur était une des compagnes de la jeune Blanca, celle-ci eut aussi sa place sur un balcon élevé vis-à-vis de l'arène. Le spectacle n'avait que peu d'attrait pour l'aine tendre et compatissante de cette jeune et innocente fille; elle ne se trouva à son aise que lorsque les combattants entrèrent dans le grand salon du palais , pour y recevoir les prix, ainsi que les félicitations de la société. Don Diego de Castro , ne* veu du gouverneur , fut couronné par dona Blanca. Ses compagnons reçurent le prix de la valeur de l'air d'un créancier auquel on rend son capital ; lui, au contraire, avec l'ai-* mable rougeur d'un héros embarrassé de son mérite. La fête fut terminée par un bal , où don Diego ne négligea aucune occasion de se rapprocher de la belle Blanca , et de lui adres*

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ser la parole autant que le permettaient les sévères convenances. Au bout de deux heures il ne vit plus qu'elle seule , et sa conversation fit oublier la danse à Blanca, elle qui l'aimait alors avec passion. Pour la première fois aussi' l'obéissance envers sa tante lui parut pénible, lorsque celle-ci lui dit qu'il était temps de se retirer. Elle la suivit sans dire un mot , mais non sans jeter un regard en arrière sur don Diego, qui l'avait accompagnée jusqu'à sa litière. Elle se coucha pensive et rêveuse , et elle quitta son lit dès l'aube du jour , sans avoir pu fermer l'œil. Elle descendit de sa chambre, et vint comme à l'ordinaire baiser la main de sa tante; son front était troublé, la pâleur couronnait ses joues de roses. La tante avait observé sa nièce ; elle savait trop bien ce qui se passait dans son cœur , et était trop prudente pour demander la cause de son abattement.

Deux jours après , don Diego se fît annoncer chez elle. Blanca, qui était présente, s'efforça inutilement de cacher son trouble. « Il paraît , lui dit sa tante , que cette visite te cause de l'embarras. Hé bien, mon enfant, je te permets de te retirer dans ta chambre ;

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lorsque je croirai que tu seras remise , et que ta présence sera nécessaire, je te ferai appeler. » Blanca ne savait si elle devait se fâcher contre elle-même, ou contre sa tante , et elle quitta l'appartement après une révérence silencieuse. Elle se flattait que la visite de don Diego était autant pour la nièce que pour la tante, et elle ne se trompait pas. Ce jeune gentilhomme, quoique né à Léon, n'y était cependant arrivé que deux jours avant la fête de Madrid , où il servait dans les gardes du roi. Sa cousine, dona Isabella, avait remarqué l'impression que son amie Blanca avait faite sur lui au bal , et lui en avait dit tant de bien, qu'au bout de deux jours il la connais* sait mieux que s'il avait vécu plusieurs semaines dans sa société. On ne doit donc pas s'étonner qu'à la première visite qu'il fit à dona El vira, il lui demanda la main de sa nièce. Cette bonne tante , qui connaissait la famille et la grande fortune du jeune homme > écouta d'autant plus volontiers sa proposition , que feu son mari , qui avait été le compagnon d'armes du gouverneur, lui avait toujours vanté son neveu comme un officier aimable et plein de noblesse. Elle l'assura

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qu'elle savait apprécier tous les avantages de eette union ; mais que Bfanca dépendait de ses parents-, auprès desquels elle se ferait uii plaisir d'appuyer sa demande, « Quant à ma nièce, ajouta -t-elle en souriant, on homme du mérite de don Diego ne peut pas en craindre une réception défavorable y d'autant plus que je sais que son cœur est encore libre» Alors elle fit appeler Blanca* Celle-ci avait eu le temps de rassembler ses esprits } elle reçut son amant avec eette grâce y eette aménité majestueuse qui avait porté tes anciens Germains à regarder une vierge comme un être sacré. Elle se plaça sur Le sofa à côté de sa tante, et là commença une scène silencieuse 7 pendant laquelle les cœurs des deux amants ne restèrent pas muets ; elle fut interrompue par Elvira* Un Cortège même ne pourrait colorer plus parfaitement les joues d'une madone au moment on elle reçoit Le salut de Gabriel r que ne rougit Blanea lorsque sa tante l'instruisit des projets de don Diego, Une douce surprise lia d'abord sa langue , puis elle dit à demi- voix : « C'est à mes parents à ordonner de mon sort, et ilsn'ont jamais eu lieu de m' accuser de désobéi»*

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sance. » Le cœur de don Diego faisait un commentaire trop favorable sur ces paroles, pour qu'il en eût besoin d'un autre. La tante se chargea de la demande auprès des parents ; et comme elle connaissait le beau-frère Metchior , elle jugea qu'il vaudrait mieux traiter personnellement avec lui.

Après quelques jours , demi ehacim était marqué par une visite de don Diego, et lui donnait L'espoir si doux de l'obéissance de son amante; la tante, accompagnée de sa nièce , se mit en route , et arriva sans accident au castel seigneurial. Elle était cou* venue avec Blanca qu'eUe s'entretiendrait, avant tout, avec s» mère de l'objet de son ambassade ; car , quoiqu'elle ne crut pas de* voir appréhender un refus du gentilhomme, elle se souvenait que son altesse orientale, i l'instar de maints» bauts. et puissants seigneurs , avant et après lui, s'avisait quelquefois de se conduire avec bizarrerie dasis ses audiences.

Doua Ximena fut transportée de joie à la proposition de sa sœur mr le bonheur de sa Blanca était son premier souhait sur la terre , et d'ailleurs sa vanité était très flattée d'avoir

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