‹ Contes et nouvellesChapitre 39 sur 80 · IL)6 DON MELCHIOR DE SOUZA · texte numérisé non relu

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pour gendre un dès hidalgos les plus riches et les plus considérés de Léon*

Il fut convenu qu'on ferait, le lendemain matin , la proposition à don Melchior ; et Blanca fut chargée des préparatifs du déjeuner, par lequel devait commencer la conférence. Cette aimable fille s'acquitta si heureusement de cet emploi, que son père lui demanda une seconde tasse de chocolat, et qu'il ne cessa d'avoir les regards fixés sur elle pendant qu'elle la lui versait avec toutes les grâces d'une Hébé. « II faut avouer, don Melchior, lui dit sa belle-sœur, après que sa nièce se fut retirée , que le séjour de la ville n'a pas été défavorable à notre Blanca. Ses qualités et ses grâces naïves y ont gagné, et je puis affirmer qu'à la dernière fête elle a été l'objet de l'admiration générale. »

Don Melchior. Tout cela est bel et bon ; mais cette enfant pourra-t-elle de nouveau s'accoutumer à cette misérable vie champêtre ?

Dona Ximena. Pourquoi pas ? aussitôt que son père la rappelle dans la solitude.

Dona Elvira. Au reste, il ne dépendra que de son père de la voir établie dans la ville, et de l'y aller visiter, ou d'être visité par

elle, aussi souvent que son cœur le désirera.

Don Melchior. Gomment entendez -vous cela?

Dona Elvira. Je veux dire qu'un amant aimable , noble et riche s'offre à votre fille , et qu'il n'attend que votre permission pour se présenter et vous déclarer ses vœux.

Don Melchior. Oui ! et qui est cet amant?

Dona Elvira. Don Diego de Castro, le neveu du gouverneur. »

A ces paroles , le front du gentilhomme se sillona de profondes rides; de sombres nuages couvrirent ses sourcils; il releva son nez aquilin emboîté dans sa moustache comme par une parenthèse.

Don Melchior. Diego de Castro! ce n'est pas un époux pour ma fille; Blanca mérite bien un vieux chrétien , et l'on sait de reste que l'arrière-bisaïeul de ce Diego était un Maure.

Dona Elvira, Qui est - ce qui voudrait se souvenir de l'arrière-bisaïeul, lorsqu'il est question de l'arrière-petit-fils ? Diego passe dans toutes les Espagnes pour un bon hidalgo, et si je ne me trompe, cet arriérer

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bisaïeul, qui vous offusque tant, était issu du sang des rois de Grenade.

Don Meiehior* Cela est fort bien; et ces rois de Grenade étaient des païens , et leurs femmes n'étaient que des esclaves.

Doua Ximena. Mais , mon cher époux , il s'agit du bonheur de notre fille* Diego est colonel dans les gardes du roi; il a déjà donné des preuves éclatantes de son courage , et il possède une fortune considérable.

Don Melchior. Et s'il possédait tous les trésors de l'Inde , ils ne pourraient jamais effacer la tache de sa naissance. En un mot, je ne veux plus entendre parler de ce mariage* »

Le gentilhomme débita cet épilogue d'un ton si rude , que les dames n'eurent pas le courage de continuer la conversation.

Blanca ne put retenir ses larmes , lorsque sa mère l'instruisit du mauvais succès de sa négociation. Elle ne perdait cependant pas tout espoir, et attendait une révolution heu* reuse de l'apparition de son amant qui , ainsi qu'on en était convenu , devait venir se pré» senter dans trois ou quatre jours. Dana Ximena fit, en attendant, tous ses efforts pour représenter à son seigneur et maître tous les

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avantages qu'offrait cette union , tant pour sa filJe que pour lui-même : mais celui-ci resta inébranlable dans son opinion , que Blanca ne pouvait donner sa main qu'à un vieux chrétien, qui fui en même temps un vieux gentilhomme.

Enfin , don Diego arriva au château* Les deux mères se trouvaient en ce moment au jardin , et le châtelain était, par bonheur, occupé à compléter son arbre généalogique. Elles le firent introduire parla femme decharabre de dona Elvira. Celle-ci te présenta à sa sœur,, qui le reçut avec amitié; mais elle ne put lui dérober le chagrin qui rongeait son cœur, Dona Elvira saisit le premier moment qui se présenta pour le prendre à part, et l'instruire des dispositions favorables de la mère , ainsi que de la capricieuse opposition du père de son amante. Enfin elle lui dit ; ce Prenez courage , Blanca sera à vous ; et si mon extravagant beau -frère ne veut pas entendre raison , nous trouverons d'autres moyens pour faire votre bonheur et celui de sa fille. » Alors doua Ximena fut envoyée vers son époux pour lui annoncer cet bote étran* ger. Elle n'eut pas peu de peine à l'engager à

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le recevoir. « Si je n'étais pas instruit de ses projets , dit-il , il serait le bien venu , comme neveu du gouverneur. » Il reçut le jeune homme avec une gravité solennelle , et après les premiers compliments d'usage, il lui dit sans aucun détour : « Je sais , don Diego , ce qui vous amène ici; il est inutile que je vous répète la réponse que j'ai faite à ma belle-*sœur. Ma résolution est inébranlable; j'aimerais mieux enfermer ma fille dans un clol* tre , que de la marier à un nouveau chrétien. » Don Diego ne sut pas trop s'il devait rire ou se fâcher des paroles de cet insensé; l'idée qu'il était le père de Blanca , et le souvenir des promesses de dona Elvira étouffèrent en lui et la tentation de le persifler, et celle d'entrer en colère; ils lui donnèrent aussi la force d'entamer une conversation indifférente , que les deux dames s'efforcèrent à leur tour d'animer autant qu'elles le pouvaient. Le souper ne dura pas long-temps , et il était triste. Blanca s'était dispensée d'y paraître , sous le prétexte d'une indisposition ; mais le lendemain matin elle se rendit à l'appartement de sa tante 9 tandis que sa mère retenait son époux dans le sien sous différents

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prétextes. Don Diego saisit le moment pour renouveler à la souveraine de son cœur, en présence de sa tante , les assurances de sa tendresse ; et Blanca , animée d'un courage extraordinaire que lui donnait un témoin aussi respectable , lui jura une constance à toute épreuve. Alors dona Elvira se rendit auprès de son beau-frère , pour lui demander s'il persistait dans sa résolution de la veille ; et après que celui-ci eut protesté par les mânes de ses ancêtres que rien au monde ne l'en détournerait, elle lui déclara sa résolution de s'en retourner dans la matinée avec don Diego. « Blanca doit rester ici » , lui dit le sévère châtelain. «Elle restera, reprit la tante; je viens de lui donner mon baiser d'adieu.» La pauvre enfant était désespérée sur son lit, quand s'éloigna la voiture qui emportait l'objet et la protectrice de son amour, et il se passa plus d'un jour avant que les caresses de sa mère, et un billet de son amant , que dona Elvira lui fit passer, pussent lui donner la force de quitter son appartement. Son espérance commençait même à chanceler , et dona Ximena elle-même ne pouvait s'expliquer le long silence de sa sœur , lorsqu'un soir on annonça

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à don Mekhtor un étranger qui lui demandait une audience secrète. Le châtelain, s'enferma avec lui dans le salon de ses ancêtres* car c'est ainai qu'il nommait une chambre enfumée , dans laquelle on voyait suspendue une grande planche divisée en trente- deux quartiers , dans lesquels étaient barbouillés les portraits de ses ancêtres. La conférence secrète avait déjà duré trois heures , lorsque don Mekhicr vint, avec une* mine rayonnante de joie, trouver sa fe«»ep»«r lui cb^ ner l'ordre précis de fêter de son mieux cet hôte étranger. aPeut-on demander qui il est?» répondit Ximena. « C'est un homme extraordinaire, auquel est soumis tout l'empire des morts, et qui veut me compléter mon arbre généalogique au moyen d'une opération cabalistique» Dans ce moment r il est occupé à évoquer un de ses. esprits familiers, epak bai désignera le grand jour qui devra mettre fin à toutes mes pénibles recherches , et faire de moi le plus ancien hidalgo du monde chré* tien. » Ximena , quoique bien convaincue que son mari venait d'être pria dans les filets d'un fripon, n'osa cependant pas risquer de lui opposer une seule parole, et lui promit (Fexé-

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cuter ses ordres. Ce n'est qu'au bout d'une heure que le thaumaturge permit au châtelain de le rejoindre, pour lui déclarer d'un air mystérieux, que ta. grande révélation* aurait heu au bout de neuf jours. Alors don Melchior conduisit son hôte dans la salle à manger, où tes attendaient depuis long-temps son épouse et sa fille. Quelque violence que se fît celle-là pour recevoir Le magicien! d'un air amical, elle ne put cependant réprimer quelques regards de mépris, qui n'échappèrent pas aux yeux pénétrants de celui-ci. Le châtelain se souvint, au dessert, qu'il avait oublié de montrer à don Merlinô (c'était le nom de l'étranger) son cachet de famille, qui datait de mille ans, et qui représentait, sur un champ d'azur , l'étoile qui guida autrefois les trois mages. Il se leva précipitamment pour le chercher. A peine eut-il quitté le salon , que Merlino remit une petite lettre à dona Ximena, et lui dit : œ C'est de la part de dona Elvire. » Ce supplément verbal était nécessaire , car dona Ximena avait déjà fait un geste pour repousser la main du fripon supposé. Le châtelain était si empressé , qu'il lui laissa à peine le temps de serrer la lettre, et

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d'adresser au porteur quelques mots d'excuse* Il entra avee son cachet , qu'il tenait comme une relique sur sa poitrine , et fit en même temps la question, si l'étoile des trois mages avait été une planète, une comète ou une étoile fixe. L'astrologue prononça pour la dernière , et son élève l'approuva , par la raison que l'étoile figurée sur son cachet n'avait ni barbe ni queue. Dona Ximena et sa fille firent tous leurs efforts pour cacher la transition subite de la tristesse à la joie qu'elles venaient d'éprouver; et elles se retirèrent dès que l'on eut desservi pour aller lire le billet de dona Elvira. Il était ainsi conçu : « Avant que d'ex* « poser ton époux à devenir l'objet de la risée a publique , en le forçant , par une décision « juridique , à faire le bonheur de sa fille , nous « allons tenter un moyen qui , en flattant sa « folie , nous fera arriver, nous Tespérons'du «moins, plus sûrement à notre but. Le por- . « teur de ces lignes mérite toute ta confiance. a Ne mets pas la moindre entrave à f exécution «de son plan; il se charge de tout le reste. « Tâche de l'entretenir en particulier. »

Elvira.

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Ce dernier point n'était pas très aisé. La mère et la fille délibérèrent inutilement ensemble, jusqu'à minuit, sur le moyen de parler en secret à Merlino, lorsque Blanca, qui par hasard s'était approchée de la croisée, l'aperçut dans le jardin. Elles devinèrent ses intentions, et descendirent doucement par un escalier tournant qui était bien éloigné de la chambre à coucher du châtelain. Merlino, qui vint au-devant d'elles , fut conduit dans un bosquet que le printemps commençait à couvrir de chèvrefeuille. «Je partirai demain, madame , et je reviendrai dans neuf jours avec un compagnon , qu'il faut que vous cachiez dans l'alcôve de la salle des ancêtres : cela pourra se faire pendant la conférence que j'aurai dans un autre lieu avec don Melchior. Prenez courage , tout ira à souhait. » A ces mots , le magicien prit congé , et les dames retournèrent dans leur appartement. Le lendemain il partit , après que le châtelain lui eut recommandé au moiàs dix fois de ne point dépasser d'un seul instant le terme fixé pour son retour, Dans l'intervalle, la sérénité régna au château. Le châtelain se berça du doux esppir , qu'après tant et de si longues

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années employées à des tentatives inutiles, il consommerait sous pea une œuvre qui était pour lui 4a pierre philosophale. Les dames, et surtout Blanca, trouvaient dans les prédictions du sorcier une nourriture pour leur imagination d'autant plus séduisante , que le mystère dont il s'enveloppait devait , à lui seul-, stimuler au plus haut degré leur curiosité nouvelle.

Lorsqu'arriva le grand jour qui devait ramener Iferlino, le châtelain se tint constamment aux aguets à une lucarne de son grenier, d'où il pouvait voir sur le grand chemin qui conduisait de la foret à son château. Mais la nuit vint sans qu'il se fût présenté, et déjà le vieillard avait abandonné son poste depuis une heure, avec un mécontentement douloureux , lorsque trois coups frappés à la porte cochère lui annoncèrent l'arrivée de son hôte. Melchior le reçut avec les égards d'un client , et voulut le conduire dans le salon de ses ancêtres : «Non , monseigneur , répondit le magicien ; avant que l'heure à laquelle doit commencer la conjuration ait sotmé , nous ne pouvons visiter le lieu que vos illustres ancêtres ont choisi pour leur apparition. Il faut

f|ue nous attendions ce moment sans lumière, et dans une chambre située vêts le levant. » Le châtelain le conduisit dans son cabinet qui se trouvait au côté tout opposé de la salle , et Merlino l'y entretint , avec un ton solennel , du grand et sublime spectacle dont il allait être témoin , et du silence religieux qu'il devait , sous peine de la vie , observer pendant toute cette scène auguste.

Pendant ce temps les dames guettèrent son compagnon , qui ne se fit pas attendre long-temps. C'était un homme noir, portant une longue barbe , chargé d'une caisse , et tenant dans ses mains une petite sonnette , avec laquelle il était convenu qu'il donnerait le signal. Dona Ximena lui owvrit la porte , et Blanca le précéda avec une lanterne sourde pour lui montrer le chemin de la salle des ancêtres. L'étranger ne proférera pas une parole avant que d'y être arrivé ; mais alors il arracha sa barbe , se précipita aux genoux de dona Blanca, et dit aux dames effrayées : «L'entêtement de don Mekhior me force à employer une ruse que je ne me permettrais pas , si je n'osais me flatter quelle amènera mon bonheur, en même temps que celui de

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mon amante et de son estimable mère. Par* donnez-moi cet orgueil, madame, dit-il à doha Ximena; j'espère le justifier, du moins en parue, avant qu'il fasse encore une fois nuit. Maintenant , et avant tout , il faut que je m'occupe de mes préparatifs. » Don Diego fut conduit dans l'alcôve , et il demanda quelques bougies , ainsi que la lanterne sourde avec laquelle dona Blanca venait de l'éclairer. Pendant qu'il déballait sa caisse , il raconta aux dames que Merlino était un savant peintre italien qu'il avait amené de Madrid à Léon , et que , du consentement de dona El* vira , il l'avait fait le confident de son amour ; qu'il était l'auteur du plan qu'il venait de mettre à exécution, et dont ils faisaient ensemble, depuis huit jours, les préparatifs à une métairie voisine , appartenant à dona El vira. «Tâchez, leur dit-il en finissant , d'obtenir du châtelain la permission d'assister à la conjuration; comme vous connaissez maintenant les sorciers, il serait inutile de vous protester que tout se passera très naturellement. » Alors les dames quittèrent le salon , et bientôt le châtelain , accompagné de Merlino , vint les trou* ver dans leur appartement , où les attendait '9

d'après ses ordres , une collation et une bouteille de vin des Canaries , sur laquelle Blancà avait eu soin de prélever la part de son amant. Le repas fut eourt; don Melchior remua constamment sur sa chaise, et Merlino parla et mangea peu , ainsi qu'il convient à un homme qui allait communiquer avec les esprits dé l'autre monde. Lorsqu'on se fut levé de table, dona Ximena hasarda auprès de lui la demande d'assister à l'opération magique, dont son époux, depuis son départ, lui avait fait concevoir une si grande attente. Le châtelain secoua la tête en disant : «Lèsfemmes peuvent bien se faire raconter ces sortes de choses , mais ne doivent pas y assister.» Merlino garda un instant le silence; puis il dit d'un air magistral : ce Don Melchior, vos ancêtres sont aussi les ancêtres de votre fille;' il sera bon de pénétrer son coeur de la splendeur de son origine, et de lui fournir i ainsi des armes contre tout sentiment ignoble qui pourrait y prendre naissance. — Bravo ! mon sage ami, reprit le châtelain, qui* écouta ces paroles comme un véritable oracle : Il n'y aura pas de mal non plus que sa mère reçoive de mes illustres ancêtres une leçon 1. 8

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que , depuis quelque temps , je m'efforce , mais inutilement, de lui inculquer.» À ces paroles il saisit un flambeau et se dirigea , bouillant d'impatience , vers la salle mystique où le suivit la société. « Il manque encore quelque chose ici , dit Merlino ; il est dans la nature des esprits de cheminer le long des murs ; ils aiment la couleur blanche , et ce mur rembruni ternirait l'éclat de ces ombres vénérables. Il faut qu'il soit recouvert d'un linge blanc. » A l'instant le châtelain ordonne à son épouse d'aller chercher les draps de toile de Flandre qui lui avaient servi la première nuit de ses noces , et en peu d'instants le mur enfumé eh fut tapissé. Merlino corn* mença à tirer de son sac de voyage un papier coupé en forme de cercle , sur lequel étaient peints les douze signes du zodiaque ; il retendit par terre , et ordonna au châtelain de se placer au milieu. Il plaça les dames à quelque distance de là , et fit tenir à chacune le bout d'un ruban vert , sur lequel il avait auparavant peint quelques caractères. La curieuse Blanca voulut le regarder de plus près, et y lut ces mots : Vive Blanca de Castro ! Si , en ce moment, le magicien n'eût pas soufflé

la lumière , le châtelain eût pu remarquer la joie indicible qui venait, comme un éclair, se répandre sur sa figure. Bientôt il commande derechef le silence à toute la société, tourne trois fois autour du cercle dans lequel était placé le châtelain , frappe trois fois la terre avec sa baguette noire, et s'écrie d'une voix solennelle ; « Ariel ! mon ange familier, je t'ordonne de faire passer les ombres des illustres ancêtres de la maison de Souza , en ligne ascendante devant les yeux de leur neveu.» A peine eut-il prononcé ces paroles , que le châtelain, avec un étonnement qui eût paralysé sa langue , quand même il eût eu la permission de s'en servir , vit paraître sur le mur blanc la figure de son père armé de toutes pièces , tel qu'il était représenté sur son tableau de famille. Ses traits étaient si ressemblants , que dona Ximena elle-même , qui avait encore connu son beau-père, et toute prévenue qu'elle était de la supercherie; dut se faire la plus grande violence pour étouffer un cri de surprise. C'est ainsi que , dans l'espace d'une demi-heure, non seulement les dix Melchior, mais encore les autres héros des trente- deux quartiers , apparurent aux

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