‹ Contes et nouvellesChapitre 48 sur 80 · D*UN BARBET. HO · texte numérisé non relu

D*UN BARBET. HO

H me plaça dans une roue où il me fallut toujours marcher en avant pour faire jouer son soufflet. Je "voulus protester d'abord ; mais maître Gaspard m'administra quelques coups si rudes avec le manche de son marteau, que je pus me convaincre complètement du genre de travail auquel j'étais destiné. Au bout de fort peu de temps , et à l'aide de mes dispositions naturelles , je parvins à surpasser même feu mon devancier. Je menais ainsi , dans toute l'acception du mot, la vie d'un galérien : je faisais mouvoir ma roue du matin au soir; et, pour réparer mes forces, on ne me servait que du gruau d'avoine et du pain d'orge. Il me fallait encore, dans mes heures de repos, servir de monture au petit garçon de mon maître, qui était âgé de six ans; et lorsque j'en témoignais mon déplaisir en happant ou en grognant, l'on m'administrait des coups de bâton.

Je gémissais depuis -six semaines dans cet antre de. misère,- et ma patience était épuir sée. Un dimanche que les époux étaient allés à l'église, et m'avaient enfermé avec mon petit bourreau, le désespoir s'empara de moi; je me frayai avec ma tête un passage par la

vitre d'une fenêtre qui donnait sur le grand chemin, et je rassemblai tout le reste de mes forces pour m'éloigner du lieu de mon supplice.

Mon oppresseur n'aurait cependant pas eu de peine à me rattraper, s'il avait pu se douter de ma fuite. J'avais désappris à courir dans ma maudite roue, et ce ne fut qu'au bout d'une heure que je retrouvai le libre exercice de mes jambes , qui me portèrent d'un bon trot vers une métairie. Le bon fermier me voyant exténué comme un spectre, eut la charité de me donner à dîner et de m'assigner un gîte.

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