CHAPITRE VII
Avec de nouvelles forces, je me remis promptement en route le lendemain , dans la crainte d'être découvert et poursuivi par mon ancien maître. J'évitai , en conséquence , la grande route, et suivis un sentier qui me conduisit enfin à un village situé près d'une petite rivière.
A l'entrée de ce village, j'aperçus une jeune et jolie paysanne à genoux sur le bord
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de la rivière, et occupée, avec un visage serein, à laver quelques langes. Une charmante petite fille de quatre à cinq ans était assise près d'elle sur le gazon ; elle avait quelques pommes de. terre dans son tablier, et en tenait une dans sa. main pour la porter à sa bouche*
Je m'approchai de l'enfant avec l'empressement d'un parasite; mais la surprise que lui causa mon apparition, et la crainte de perdre son déjeuner , lui arrachèrent un cri perçant. La mère, en tournant la tête vers moi, put lire dans mes yeux mes intentions pacifiques, a Ne crains rien, Lisette , dit-elle, il ne te fera aucun mal; la pauvre bête a faim, donne-lui une de tes pommes de terre. » Lisette obéit, et m'en présenta une , que je pris aussi délicatement que possible de sa petite main , et que je mangeai à ses côtés.
Lorsque la mère eut fini de laver son linge, elle alla l'étendre à peu de distance de là sur une corde entre deux arbres fruitiers. Durant cet intervalle, Lisette voulut imiter sa mère dans le travail qu'elle lui avait vu faire ; elle se traîna plus près du rivage , et se pencha vers l'eau pour y laver son mouchoir. Le
poids de sa tête l'emporta , et elle tomba dans l'eau sans pousser un seul cri : je la vis tomber; je sautai après elle, et la soutins assez long-temps sur l'eau pour donner à sa mère T qui était accourue au bruit de sa chute , le temps de reprendre ce cher fardeau.
Sur le sein maternel l'enfant retrouva bientôt ses sens ; et lorsque la mère se leva pour la porter à la maison, elle jeta sur moi un regard de bonté , et me dit d'une voix bienveillante : a Viens, cher Barbet; tant que je vivrai tu auras dû pain chez moi.»
Il existe un langage qui est compris de tous les animaux ; et Manon savait le parler. J'étais content de. moi-même , et je la suivis tout joyeux dans sa demeure. Pendant qu'elle déshabillait son enfant, elle raconta mon action à son. mari, et elle le fit avec une chaleur à laquelle le cœur froid de celui-ci ne put résister ; il jeta sur moi un regard d'approbation; et dès ce moment mon adoption fut assurée.
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