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CHAPITRE XIII

Il était déjà plein jour lorsque mon Sophocle s'éveilla. A peine fut-il habillé qu'il jeta un morne regard sur les débris de son immortalité , me mit une corde au cou , et descendit avec moi les soixante marches qui séparaient notre résidence de la rije.

Il s'informa alors de la demeure du bour-r reau, et nous y arrivâmes après une marche bien courte que je crus être mon dernier pèlerinage.

«Voilà , M, Freimann , lui dit Theudulphe en entrant, un chien enragé duquel vous allez faire justice.» Le bourreau m'examine avec beaucoup d'attention , et son air m'inspire de la confiance ; je me couche à ses pieds après l'avoir regardé amicalement , je remue la queue en signe de dévouement et de soumission , et je me mets à lui lécher les souliers.

«Je parie ma tête à couper, monsieur, dit le bourreau , que ce chien n'est pas enragé.»

Theudulphe. Certainement il est enragé; ne m'a-t-il pas , hier , mangé un document inappréciable ?

Le bourreau. Si vous lui aviez donné à manger du pain, il n'aurait probablement pas mangé votre papier. Au reste , il ne sera pas difficile de vous convaincre de la vérité. Alors Freimann me présenta sa cuvette pleine d'eau ; j'en bus de suite la moitié. Vous voyez que j'avais raison , car un chien enragé ne boit point.

d'un barbet. a 2 3

. Theudulphe. Il est enragé, Vous dis-je , et il doit mourir.

Le bourreau. Vous Têtes apparemment vous-même ; pourquoi tuer cette pauvre et innocente bête? Au reste, àjouta-t-il après une petite pause , et en souriant, si je dois le faire absolument , commencez par me payer six batzes ; c'est la taxe !

Theudulphe , qui ne possédait pas six batzes dans tout son avoir , prend la jiorte , et se retire en murmurant : «Pour ce prix vous n'avez qu'à garder vous-même la charogne. » Je ne me sentis pas la moindre disposition à le suivre ; je me dressai , au contraire , sur mes pieds de derrière ,..en faisant à mon sauveur toutes les démonstrations possibles de reconnaissance. Il me débarrassa de ma corde , et me présenta les restes de son déjeuner , dont je me régalai avec «fautant plus de plaisir , que je n'avais rien pris depuis mon repas de papier.

Je n avais pas encore fini , qu'un invalide à cheveux blancs entra dans ma chambre. « Monsieur le docteur, dit*il au bourreau , Ton m'a dit que vous étiez un brave homme qui aimiez à secourir les pauvres gens. J'ai perdu

à la guerre l'usage d'une main et mon œil droit. Le gauche commence à s'obscurcir depuis plusieurs semaines , et je crains de le perdre également ; ne voudriez-vous pas me donner quelque chose qui puisse préserver de ce malheur un homme pauvre et abandonné tel que je suis?»

j'étais trop occupé de mon festin pour faire la moindre attention à ce que disait le patient; mais quand je l'eus achevé , je fus frappé d'abord du son de sa voix. Je m'en approchai, et ce fut avec une sensation indicible que je reconnus en lui Lafleur , mon Mentor, quoique l'âge et la misère l'eussent rendu méconnaissable pour tout autre que pour moi» Je sautai à lui en poussant des cris de joie bruyants , je le baisai sur ses joues creuses , et ne cessai de le caresser jusqu'à ce qu'avec la moitié de l'œil qui lui restait , il eût aussi reconnu son fidèle Joli.

Le bourreau qui , jusqu'ici , avait été un témoin muet de cette scène , la célébra par une larme, donna au vieux guerrier un flacon d'eau pour les yeux , et. lui fit l'aumône. Celuici resta immobile devant lui, et je me serrai davantage contre ses jambes décharnées. «Je

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