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2?6 MABIA9HE.
Elle. Oh ! bien des choses : la géographie*, l'histoire de la Bible , le Catéchisme.
Moi. Oui ? Ainsi la géographie : ponovez'vous me dire où est situé Rouen ?
Elle. Rouen ?..,. Oui, cher oncle ! Mais i! faut auparavant que je sache dans quel pays se trouve Rouen.
MôL Maïs c'est justement cela qfleje veux savoir die votas.
Elle. J'entends, moi* qfte vous me disiez seulement si Rouen est situé en France , en Espagne , ou en Allemagne.
Moi. Eh bien ! Roue* est situé en Franefe.
Elle. La France est un royaume j ses bornes sont vers te no*d ; le Canal, ou la Manche et les Pay9*Bas ; vers l'Orient , l'Attemagne , la Suisse et Fitalie ; ver9 le midi , les- montagnes des Pyrénéen qui la séparant de l'Espagne; et vers- l'Occident, la mer d'Aquitaine.
Elle débita ceci , et beaucoup d'autres choses encore, surtout sur l'étendue du pays, ses rivières , sa division en gouvernements, etc. avec une volubilité incroyable , et comme si elle récitait un Ave Maria ; elle nommait en même temps la capitale de chaque gouvernement ; par exemple : La Bretagne
Rennes , et après cela ., laNormandie , Rouen ; alors elle répéta d'une voix de triomphe : Rouen est la capitale de la Normandie !
D'après ce petit échantillon,, ma chère amie, je crois n'avoir pas besoin de vous fiure observer «pie. la pouvite en&ofc ne savait que réeile* des mets», et nommaU les pf ovinr ces, kss villes et les fleuves, de la même mar nière que le cylindre d'un orgue provoque les son* d'une allemande. Je- U» témoignai néanmoins ma satisfaction > et je continuai :
Moi. Bien, mon enfant*; mai» ne me disiez* voue pas «Jue vous aviez aussi appm le Catéchisme ?
Elle. Certainement , et tousles jours encore.
Moi. Alors vous devez savoir les dfo Çwnraahdements de Dieu ?
Elle. Et aussi les sept Commandements de l'Église.
Moi. Pour le présent, nous nions en tiendrons seulement aux dix Commandements de Dieu. Quels sont-ils?
Alors le rouage recommença à jouer. Elle récita les* dix Commandements en mauvais vers français , tels qu'on les trouve dans tous les Catéchismes.
2a8 HARIANNE.
Le sixième Commandement était ainsi exprimé :•
Luxurieux point ne seras , De corps ni de consentement.
Un moment , lui dis-je alors ; je vois bien que tous savez les dix Commandements :
mais est-ce que les religieuses vous les ont aussi expliqués ?
Elle. Certainement : et pourquoi pas ?
Moi. En ce cas, dites-moi donc ce que veut dire : Luxurieux point ne seras ?
Marianne se tut. — Je simplifiai la question : Que veut dire luxurieux ?
Elle. Luxurieux? mais.... luxurieux veut dire.... luxurieux.
Moi. Cela ne veut rien dire : Qu'entendezvous par ce mot ?
Elle. Je n'en sais rien , cher oncle.
Moi. Dois-je vous dire ce que c'est que luxurieux?
Elle. Oh, oui ! si vous voulez avoir cette bonté.
Moi. Vous savez au moins que Dieu a défendu de faire ce que Ton entend par le mot luxurieux ?
Elle. Certainement, parce qu'il est dit : Luxurieux point ne seras.
Moi. Il faut donc que je vous dise , mon enfant, que ces mots défendent à tous les hommes et à toutes les femmes , qui ne sont pas mariés ensemble , de coucher l'un avec l'autre*
Tout à coup Marianne retira son bras du mien , se tourna vers moi , joignit les mains , et dit à demi-voix, d'un ton effrayé, et avec un accent solennel au-delà de toute expression : « Mon Dieu ! cher oncle , vous m'avez donc préservée hier soir de commettre un très grand péché ! »
J'ai connu dans le cours de ma vie plusieurs femmes qui , comme vous, ma chère amie , doivent être rangées dans les pre^ mières de leur sexe ; mais je dois vous avouer que jamais je n'ai ressenti une vénération pareille à celle dont je fus soudainement pénétré pour cet ange. Je l'aurais serrée contre mon cœur , si nous ne nous fussions pas trouvés sur le grand chemin. Je me contentai de lui. serrer la main , en replaçant. son bras sous le mien , et je dirigeai notre chemin vers notre demeure. Je ne voulais pas faire
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durer plus long -tempe cette conversation* J'interrompis même ses vives démonstrations de reconnaissance pour l'instruction que je venais de lui donner, et la priai seulement de ne pas l'oublier. «Oh! non, certainement,» reprit-elle, et des larmes coulèrent de ses yeux*
Dans la dernière quinzaine du mois d'août nous quittâmes notre séjour champêtre pour retournera la ville* Les adieux que Marianne fit aux parents et aux sœurs de ma femme furent très touchants* Jamais la reconnaissance ne se servit d'un langage plus simple , et en même temps plus éloquent. Nous n'oubliâmes pas l'honnête curé de H". H avait reo» tifié quèlquei unes des idées de Marianne sur la religion, et il m'intéressa moi-même par •une singulière aventure, dont je vous ai promis , mon amie , de vous entretenir. Elle peut figurer comme épisode dans l'histoire de Marianne ; car elle est aussi celle : d'une infortunée, dont je ne croyais pas alors de* voir faire tin jour la connaissance.
Le curé de H** vivait ttrès paisiblement avec sa soeur, qui soignait son petit ménage*
MARIAKBTR a3ï
Sa cure n'était pas towie , et sa commune trop pauvre pour l'améliorer. Un jour il vit arrêter devant sa porte une berline fermée, H en sortit an homme de bonne mine, très bleu/ mis, d'un âge mûr, et après lui une très belle femme. Le curé alla le» recevoir, et leur demanda ce qu'ils désiraient. <r Naos Tcnadrifons vous parler en particulier , «répondit l'étranger. Le cure les conduisit dans son cabinet»
« JKôtf* veftons recevoir de tous la bénédiction nuptiale 1 dît akirs l'étranger, — Il feu t pour cela on certificat de publication , et 1 autorisation de l'évêqae, repondit le curé; si vous avez ces deux pièces r eefe pourra are faire de suite. — Ne me demandez rien, hii dit l'étranger, et choisissez! » À ces mots il mit d'une main douze louis mst ta tabïe , et de l'autre il tira un pistolet de sa poche. Le curé voulut gagner 'ht perle, mais l'étranger le prévint , et la ferma à double tour. « Monsieur, reprit le curé tout troublé, vous m'exposez à «ne très grande réspcwsabiifré auprès de l'iétêque. — Je prends sur mai toute responsabilité, lui répondit l'étranger; ne me faites pôs attendre plus long-temps!»
Le curé fit encore quelques objections. L'étranger répéta ses menaces , qu'il accompagna d'un geste très significatif avec son pistolet. Il est à croire que la misère du curé, autant que la crainte , le décida à procéder à la cérémonie. Lorsqu'elle fut achevée, le cou* pie prit congé de lui» Le mari laissa les douze louis sur la table , et la voiture s'éloigna avec la plus grande rapidité.
Quelques semaines après ,1e curé fut mandé chez l'évêque. Celui-ci , qui était instruit dé toute l'aventure , lui reprocha sa faute avec beaucoup de sévérité , et le condamna à une pénitence de six mois au séminaire. Le nouvel époux avait «té involontairement son accusateur. Présumant que le . curé rendrait compte du fait à son supérieur, il écrivit à l'évêque pour rendre hommage à la vérité; et lui déclara qu'il l'avait en effet forcé par la crainte à l'unir à sa nièce. Il le priait en conséquence de lui. faire grâce, et. ajouta qu'il venait d'écrire à Rome pour obtenir les dispenses nécessaires du Saint-Père. Mais comme le curé n'avait point fait part de l'événement à son évêque , lé témoignage ni les sollicitations de .l'étranger ne purent lui
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être d'aucune, utilité auprès de lui. Il lui fallut subir le temps de sa pénitence, et payer cent écus au vicaire qui avait administré pour lui durant son absence.
Quelques années après, le hasard me fit rencontrer cette jeune femme .dans la diligence de G**. Je ne la connaissais pas; elle était en grand deuil , et tout son être , bien plus encore que ses vêtemens, annonçait la plus grande tristesse. Son cœur en était plein , et je sus bientôt d'elle-même que son voyage avait pour objet un procès important. Quoique je ne lui témoignasse aucune curiosité, elle m'en dit assez pour connaître entièrement son histoire. Elle ajouta que son mari était mort, et lui avait laissé , avec un petit garçon, une fortune assez considérable , que ses héritiers lui disputaient maintenant. Si ma mémoire me sert bien, Us lui Contestaient la validité de son mariage , sur ce que la dispense , qu'ils avaient effectivement reçue de Rome, n'avait point été enregistrée à la cour suprême de la province. Je ne connais point les autres particularités de ce procès ; mais je sais qu'elle l'a perdu , que le mariage a été cassé, et J'enfant déclaré bâtard. La pauvre
jeune femsae en fut au désespoir; sota âme succomba sous le poids du chagrin* Elle perdit bientôt la saison, et mourut, après de longues souffrances, dans une maison de fous.