‹ Contes et nouvellesChapitre 9 sur 80 · LETTRE V · texte numérisé non relu

LETTRE V

CHARLOTTE A ROSETTE

Pauvre amie , combien tu as dû souffrir en écrivant ta lettre! Je la tenais encore,

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arrosée de mes larmes, dans mes mains tremblantes, lorsque Adolphe revint de l'église. « De Rosette ? s'écria-t-il en étendant la main vers le papier, » Dans ce mpment seulement il s'aperçut que je pleurais. « Dieu ! qu'est-il arrivé ? je devine mon malheur !

— Son père est un homme dur, frourru 9 tu sais cela.

— • Je le sais , et c'est justement pour cette

raison Parle, ma sœur, je te conjure de

me laisser lire sa lettre.

— Cela m'est défendu, mais tu en sauras le contenu.

— Je ne dois pas la lire, et pourtant j'en dois savoir le contenu! Charlotte , je ne suis plus un enfant , donne. »

En disant ces mots , il m'arracha la feuille dçs mains. Ses lèvres tremblaient; une pâleur mortelle et une vive rougeur se succédaient alternativement sur ses joues. J'entendis battre son cœur. Lorsqu'il approcha de la fin , ses traits s'éclaircirent : Chère et estimable fille , s'écria-t-il , tu es toujours la même , toujours , toujours ! Il baisa la place de la lettre où tu dis : « Il faut que l'orage se dissipe , ou qu'il écrase sa Rosette. » Et c'est un pareil trésor,

dit-il , que je me laisserais enlever ! et une telle fille peut avoir un tel père ! Mais je lui pardonne , oui, je lui pardonne, pour l'amour d'elle, chère et céleste créature! Et lorsqu'il lut ce passage de la fin : « Je sens qu'il me serait plus facile de mourir que de désobéir. » Sublime, mais Hartwigîje le

connais ; il n'est pas digne de toi , pas plus que ton père. Je respecte ta délicatesse, ma Rosette ; mais si elle dégénérait en faiblesse ! Non , non , notre devise , que tu répètes avec tant d'héroïsme , m'en est garant. Charlotte, je ne veux pas lui écrire ; il faut que je lui parle. Mandé -lui que je veux lui parler encore une fois , peut-être sera-ce la dernière.

Dis-lui que je l'aime plus que je ne l'ai

jamais aimée , et que j'irai la voir mardi prochain. Je ne manquerai pas de prétextes ; et quant à ma conduite avec le vieux Reinhard , elle ne doit rien appréhender ; je n'oublierai jamais qu'il estle père de Rosette. — Je voulais tâcher de le détourner de ce projet ; mais ce fut inutilement. Aussi je ne me flatte pas que, d'ici là , je puisse le faire changer de résolution. Attends-toi donc à cette visite , mon amie. Ah! je voudrais qu'elle fût déjà faite;

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je n'aurai pas un seul instant de repos jusqu'au retour de notre pauvre Adolphe.

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