‹ Contes et nouvellesChapitre 2 sur 6 · LE MARIAGE VENDÉEN · texte numérisé non relu

LE MARIAGE VENDÉEN

un des trous du pigeonnier; et alors il vit tous les détails d'une fête : une longue procession de jeunes gens et de belles dames en robes blanches, précédés par des ménétriers de village. La procession était leste, chacun se livrait à la joie. La fête passa au pied du colombier, ou, si vous aimez mieux, au pied de la tour. En passant au pied de la tour, une jeune et jolie personne regarda attentivement au sommet. Elle était blanche et fine de taille ; elle avait Fair rêveur. Baudelot comprit qu'on savait qu'il y avait là un prisonnier, et pendant que la fête s'éloigne, voilà mon valeureux Baudelot qui se met à siffler Tair de Richard :

Dans une tour obscure,

ou un air approchant; car c'était un jeune homme versé dans toutes sortes de combats et de romances, aussi habile à manier une épée qu'une guitare, distingué à cheval, distingué à la danse, un vrai gentilhomme d'épée et d'esprit, comme on en voit encore et comme on n'en fait plus.

La noce passa : si ce n'était pas tout à fait un-e noce , c'étaient des fiançailles. Baudelot achevait de chanter : il entendait du bruit à la porte de sa prison; on entra.

C'était le maître de la maison lui-même. Il avait été marquis sous Capet; maintenant il s'appelait

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tout simplement Hamelin ; il était bleu , et du reste assez honnête homme. La république le dominait corps et âme; il lui prêtait son épée et son château, mais voilà tout : il n^était pas devenu méchant et cruel à son service. Le matin même de ce jo«r qui touchait à sa fin, le capitaine Hamelin, car il avait été fait capitaine par la république, avait été averti que des chouans s'étaient arrêtés à sa ferme. A cette nouvelle il s'était mis à la tête d'un détachement , renvoyant ses propres fiançailles à une heure plus éloignée. Vous savez comment il s'était emparé de Baudelot. Une fois Baudelot le chouan en sûreté, le capitaine Hamelin était retourné à ses fiançailles; et voilà pourquoi il n'avait pas amené sur-le-champ son prisonnier à Nantes, ou, tout au moins, voilà pourquoi il ne l'avait pas fait fusiller sur-le-champ.

Le capitaine Hamelin n'était pas tellement capitaine bleu qu'il eût tout à fait oublié les vieilles coutumes hospitalières du terroir breton : il se crut donc obligé de faire une visite à son hôte pendant que les convives de ses fiançailles se mettaient à table.

c( Que puis-je faire pour vous obliger, Monsieur? dit Hamelin à Baudelot.

— Seigneur châtelain, dit Baudelot en s'inclinant, je vous demande en grâce de me donner

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au moins Tusage d'une de mes mains, s'il vous plaît.

— Vos deux mains seront déliées, Monsieur, répondit Hamelin, si vous voulez me promettre de ne faire aucune tentative d'évasion. Seulement, avant de rien promettre, souvenez-vous quç demain, à six heures du matin, vous serez conduit à Nantes, à coup sûr.

— Et fusillé à huit heures, aussi à coup star? « dit Baudelot.

Le capitaine Hamelin garda le silence.

(' Eh bien! Monsieur, dit Baudelot, faites-moi délier les mains, et, sauf délivrance, je m'engage, sur ma parole d'honneur de gentilhomme et de chrétien, de rester ici comme un pigeon à qui on a coupé les ailes, »

Le capitaine Hamelin ne put s'empêcher de sourire à l'allusion de son prisonnier; il lui fit délier les mains.

« A présent, dit Baudelot en étendant les bras comme un homme fatigué d'un long sommeil, à présent. Monsieur, je vous remercie, et je suis vraiment votre obligé jusqu'à demain, et ce n'est pas ma faute si ma reconnaissance ne dure pas plus longtemps. »

Le capitaine Hamelin lui dit :

« Si vous avez quelques dispositions dernières

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